Doctorat et créativité : Les 6 conseils d’un écrivain (qui dessine !)

Ces dernières semaines, je me suis intéressé à la créativité dans le monde de la recherche et je suis retombé sur les livres d’un auteur que j’aime beaucoup : Austin Kleon.

Austin Kleon est un auteur qui écrit sur la créativité et la vie d’artiste. J’aime beaucoup son écriture et, les idées qu’il partage dans ses livres, bien qu’assez classiques, sont toujours super bien amenées et imagées d’histoires et de dessins.

Cette semaine, je voudrais donc vous partager 6 conseils issus de ces trois petits livres (Steal Like An Artist, Show Your Work et Keep Going). À la base, ce sont des conseils pour des artistes (écrivains, peintres, etc.) mais j’ai trouvé beaucoup de similarités avec ce que peut être la vie de chercheur, j’espère que ça vous plaira !

1) N’essayez pas d’être original à tout prix, inspirez-vous des autres

Dans son premier livre (Steal Like An Artist), l’auteur explique qu’il est compliqué d’être vraiment original et que l’on devrait d’abord essayer de copier ce qui existe déjà, non pas en recopiant le travail des autres mais en y trouvant des sources d’inspirations. 

Dans le cadre du doctorat, le but est alors de découvrir la littérature, d’aller profondément dans des sujets qui vous intéressent, de vous imprégner d’idées qui vous plaisent pour les faire vôtres et continuer le chemin que d’autres chercheurs avaient commencé à ouvrir. Vous continuez alors une histoire tout en apportant votre touche d’individualité !

“Seeing yourself as part of a creative lineage will help you feel less alone as you start making your own stuff.” (Steal Like An Artist)

Cela permet aussi de vous rassurer sur la justesse et la cohérence de votre recherche, sur le fait que ce que vous écrivez fait du sens (surtout au doctorat). Vous êtes alors moins bloqués lorsque vous devez envoyer votre travail en conférence ou à un journal car vous savez que d’autres chercheurs ont déjà publié sur ce problème ou sur cette méthodologie.

Dans son second livre, Austin Kleon explique aussi qu’au début, c’est ok d’être un amateur dans son domaine, de faire des erreurs et de faire appel à des gens pour avancer.

Vous pouvez alors contacter d’autres chercheurs pour leur demander des explications sur leurs papiers et pouvoir avancer plus vite dans vos recherches. Au doctorat comme dans beaucoup d’autres domaines, la vraie différence n’est alors pas entre le fait de faire les choses moyennement bien ou très bien, mais plutôt entre le fait de faire quelque chose ou de ne rien faire.

         “Amateurs know that contributing something is better than contributing nothing.” (Show your work)

Enfin, il recommande de toujours avoir un petit carnet de notes sur vous pour pouvoir écrire des idées à la volée. Cela peut juste être une note sur votre téléphone que vous remplissez et sur laquelle vous repassez une fois par semaine par exemple.

2) Éloignez-vous de votre écran

Au doctorat, on peut parfois avoir tendance à passer ses journées devant son écran à lire ou écrire des papiers, faire des analyses statistiques, etc.

Austin Kleon explique alors que pour gagner en créativité, il est essentiel de parfois s’éloigner de votre écran et par exemple de prendre un crayon et une feuille blanche pour y noter toutes vos idées et commencer à dessiner des liens possibles entre elles.

Je me souviens que durant mon stage à Pittsburgh, je travaillais dans un bâtiment où dans chacune des salles de classe, les murs étaient des tableaux blancs géants sur lesquels on pouvait écrire. Je passais donc des après-midi entières à réfléchir devant un mur et c’était vraiment cool !

Le fait de travailler sur un tableau blanc permet d’avoir des idées déstructurées, de faire des liens et d’avoir une vue d’ensemble sur toutes ses idées. Si vous n’en avez pas encore un chez vous, achetez-vous un tableau blanc et prenez le temps de réfléchir en écrivant dessus !

“You’re often most creative when you’re the least productive”  (Keep Going)

S’éloigner de votre écran signifie aussi penser à autre chose qu’à votre doctorat. Pour cela, il est important de garder vos hobbies et vos autres activités pour souffler, mais aussi pour parfois créer de nouveaux liens et avoir de nouvelles idées.

Pour ma part, je sais que pour mon second projet de thèse, j’ai eu l’idée de ma méthodologie pendant un trajet de 8h en minibus au fin fond du Guatemala… Donc prenez l’air, allez faire du sport et peut-être que vous aurez tout plein de nouvelles idées !  (note perso : le Guatemala, c’est vraiment beau !)

3) “Do good work and share it to people”

Avec cette phrase, l’auteur veut nous dire deux choses.

Tout d’abord, le monde de la recherche (comme le monde de l’art) est grand et comme dans beaucoup de domaines, la concurrence est rude. Pour vous distinguer, il va vous falloir développer des idées innovantes, écrire des beaux papiers et faire de bonnes présentations de vos travaux.

Cela passe par le fait de se fixer des objectifs clairs et de faire l’effort chaque jour d’avancer sur votre doctorat (En utilisant le deep work par exemple !). Cette idée d’exceller dans ce que vous faites est aussi une idée qui revient dans le second livre :

         ”If you juste focus on getting really good, Martin says, people will come to you.”  (Show your work)

Ensuite, il va être aussi important pour vous de partager votre travail. Essayez au maximum de partager votre travail avec vos collègues mais aussi et surtout, avec les gens de votre domaine.

Cela vous permettra de vous faire connaitre dans le milieu, mais aussi d’avoir des feedbacks réguliers sur votre recherche et ainsi ouvrir de nouvelles portes et de nouvelles idées dans votre tête.

Prendre de la place dans les médias n’est pas vraiment quelque chose de commun chez les chercheurs. Néanmoins, je pense que c’est essentiel aujourd’hui que nous partagions notre recherche pour nous faire connaître et contrer toutes les informations/avis érronnés qui existent sur internet…

Cela me fait d’ailleurs penser à cet interview d’Étienne Klein qui parle un peu de cette tendance générale qu’ont les gens à argumenter sur des sujets qu’ils ne maitrisent pas…

“It sounds a little extreme, but in this day and age, if your work isn’t online, it doesn’t exist.”  (Show Your Work)

4) Creativity is subtraction

Avec cette idée de soustraction, Austin Kleon explique que pour être vraiment créatif, il va falloir que vous vous fixiez un cadre dans lequel vous allez évoluer.

Cela veut par exemple dire choisir un sujet de recherche, une hypothèse de recherche et ne plus en changer pendant plusieurs mois afin d’avoir le temps d’en faire le tour et de pouvoir connaitre pleinement le problème et ainsi pouvoir avoir des idées novatrices.

Cela fait aussi le lien avec le livre de Cal Newport So Good They Can’t Ignore You dans lequel il explique que pour avoir des nouvelles idées, il faut d’abord arriver à l’edge de la connaissance. Le fait de se fixer un cadre permet d’arriver à cet edge et ainsi être créatif car connaisseur de votre sujet.

“Perfection is achieved, not when there is nothing more to add, but when there is nothing left to take away.” (Antoine de Saint-Exupery)

Le fait de soustraire des choses est aussi quelque chose qu’il est bon de faire lorsque vous écrivez votre thèse ou un article scientifique. L’objectif est alors d’enlever tout ce qui est superflu pour ne garder qu’une description claire et précise de l’essence de votre travail et de vos idées.

5) De l’importance du storytelling

Que vous ayez 10 ans avec une envie de nouvelles chaussures ou 25 ans et l’envie de voir votre article publié dans le meilleur journal de votre domaine, l’objectif est le même, raconter une bonne histoire pour que les gens acceptent votre demande !

Dans le monde de l’art comme dans le monde de la recherche, le storytelling est primordial. L’objectif est alors pour vous de “vendre” votre recherche, non parce qu’elle est mauvaise, mais parce que vous avez envie que les gens en comprennent le plus de choses possible et qu’ils prennent du plaisir à vous lire.

         “If you want to be more effective when sharing yourself and your work, you need to become a better storyteller. You need to know what a good story is and how to tell one.” (Show your work)

Malgré tout, le storytelling est une compétence difficile à acquérir (moi-même j’essaye de la développer pour les articles de ce blog mais c’est vraiment pas facile…).

Vous devez alors être conscient que cela peut prendre du temps mais qu’au fur et à mesure de vos expériences, les choses vont se mettre en ordre dans votre tête et tout le process de “vente” de votre recherche va devenir de plus en plus limpide.

Pour vous améliorer, essayez de vous inspirer de papiers ou de présentations de conférence que vous avez apprécié et prenez le temps de demander un retour à vos collègues sur votre présentation pour savoir qu’elles sont les choses à améliorer.

6) Créez-vous un environnement de travail agréable

Pour pouvoir créer, vous avez besoin d’un environnement calme et propice à la réflexion.

Pour cela, Austin Kleon conseil de s’isoler, de trouver un endroit et/ou un moment de la journée durant lequel vous pouvez être seul et pouvoir laisser libre cours à votre créativité.

Par exemple, durant ma thèse, lorsque j’allais travailler au labo, j’essayais toujours d’arriver vers 7h pour pouvoir avoir environ deux heures seul dans mon bureau et ainsi pouvoir réfléchir au calme.

         “You must play a little hide-and-seek in order to produce something worth being found.” (Keep Going)

Cet isolement est aussi un isolement vis-à-vis des informations du monde qui vous entoure. Premièrement, évitez de lire les news ou vos mails dès le réveil le matin. Cela vous permettra de garder votre énergie et votre attention sur les choses importantes pour vous et de ne pas ouvrir 1000 questions dans votre tête…

“If you want to change your life, change what you pay attention to” (Keep Going)

Ensuite, et ce de manière générale, essayez de faire attention à ce sur quoi vous portez votre attention. Par exemple, j’ai arrêté de lire les infos sur le covid, cela me libère l’esprit et je peux juste demander à mes amis les infos importantes de la semaine pour être à jour s’il y a une annonce majeure.

Le fait de choisir ce sur quoi vous portez votre attention va vous permettre d’être plus heureux, plus libres d’esprit et de pouvoir focaliser votre énergie sur les choses qui comptent vraiment !

Voilà pour ce petit résumé de livre ! Si vous avez aimé ces petits conseils, vous pouvez aller plus loin en lisant mes notes de lecture des trois livres ici :

Si vous souhaitez recevoir mes prochains articles, c’est par ici et si vous avez des questions ou des commentaires, vous pouvez m’écrire à reussirmondoctorat@gmail.com

Bonne semaine !

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