Ces 6 compétences à développer pendant votre doctorat !

Comme je le dis souvent, le doctorat est un marathon de plusieurs années durant lequel vous devez faire vos preuves en tant que chercheur, vous devez montrer que vous êtes capable de faire de la recherche de qualité, tout en étant disponible pour tout plein de projets de networking avec les gens de votre labo ou de l’extérieur.

Vous passez alors plusieurs années à travailler sur un sujet très précis, vous mangez, dormez, respirez votre doctorat et vous pouvez parfois avoir l’impression de ne pas développer d’autres compétences que celle de connaitre sur le bout des doigts votre sujet de recherche (ce qui est déjà une bonne chose !).

Dans cet article, j’aimerais rappeler toutes ces compétences connexes qui sont essentielles à la réussite d’un doctorat et que vous développez parfois sans vraiment vous en rendre compte.

L’idée est ici de présenter chacune de ces 6 compétences et d’expliquer comment chacun d’entre vous peut faire en sorte de les développer afin de tirer le maximum de l’expérience doctorale.

1) Lire et synthétiser

Lors des premiers mois de votre doctorat, une grosse partie de votre temps de recherche va être alloué à la lecture et la synthèse d’articles. L’objectif est alors d’avoir une bonne idée de l’état de l’art afin de pouvoir définir les problématiques de recherche qui seraient les plus pertinentes à développer.

Durant ce travail de lecture et de synthèse, vous allez petit à petit développer votre capacité à identifier au sein d’un papier, les informations les plus pertinentes, les contributions majeures du papier.

Cette expérience de revue de littérature vous forcera aussi à savoir décrypter en un clin d’oeil les papiers utiles ou non pour votre recherche et les sources les plus fiables.

Améliorer votre esprit de synthèse : 

Cette compétence de synthèse vient vraiment avec l’expérience et avec la compréhension graduelle de votre sujet. Vous allez alors comprendre comment les chercheurs de votre domaine réfléchissent et comment les grands concepts de votre sujet de recherche interagissent entre eux.

Comme je le préconise dans mon article sur la revue de littérature, je pense qu’il est toujours utile de commencer le travail de synthèse d’un sujet en lisant les surveys (article de revue) de ce même sujet.

Lors de la lecture de ces surveys, l’idée est alors de comparer votre compréhension des articles avec la compréhension des autres chercheurs afin de vérifier que vous comprenez bien les points essentiels et que vous focusez bien votre attention sur les bonnes choses.

2) Rédiger

Une des compétences majeures que vous allez acquérir lors de votre passage à l’université et plus particulièrement lors du doctorat, est votre compétence à structurer votre pensée et vos communications.

Vous allez alors apprendre à amener les éléments de vos rapports de recherche dans le bon ordre, en définissant correctement les concepts principaux au fur et à mesure.

Dans les articles scientifiques, vous allez aussi apprendre à mettre un peu de storytelling autour de votre recherche afin que votre article soit plus agréable à lire et qu’il se “vende” mieux.

Cette capacité de rédaction vous sera aussi très utile lors de vos demandes de subvention, vous apprendrez alors à structurer votre pensée en un minimum de pages tout en ayant un discours fort et impactant, tout un programme !!

Améliorer votre rédaction 

Dans un premier temps, copier les textes que vous aimez (sur ce sujet, vous pouvez lire le très chouette livre Steal Like An Artist d’Austin Kleon).

Je ne parle pas ici de plagiat, mais d’essayez d’identifier les structures qui vous plaisent, la façon dans l’auteur amène les choses, ce degré de storytelling qui permet de faire en sorte que tout soit clair et limpide.

Vous pouvez pour cela lire différentes thèses de votre domaine et demander à vos directeurs de recherche des thèses de référence qu’ils considèrent comme bien écrites.

La rédaction est aussi une habitude à prendre et donc commencer à rédiger très tôt dans votre thèse va vous permettre d’avoir beaucoup d’expérience et donc de vous améliorer.

Enfin, vous pouvez demander à vos collègues de vous envoyer leurs manuscrits (de thèse ou d’article) afin de prendre la position du correcteur et de vous entrainer à identifier les éléments qui font moins de sens, qui sont moins clairs dans le texte.

Cela vous permettra alors, lors de vos prochaines rédactions, d’avoir les deux visions (auteur et correcteur) qui vous permettront de créer plus facilement des documents de qualité.

3) Communiquer à l’oral

Une autre grande compétence que vous allez devoir acquérir durant votre doctorat est votre capacité à communiquer à l’oral. Cette compétence vous sera utile dans de nombreuses situations.

Tout d’abord, vous verrez que les rencontres avec votre directeur de recherche sont souvent rares et donc l’objectif va alors être de tirer le plus possible d’informations et d’idées de ces moments passés ensemble.

Pour cela, il va falloir que vous fassiez bien évidemment un travail de préparation pour savoir ce sur quoi vous voulez réfléchir, mais il vous faudra aussi développer une capacité à trouver le juste milieu entre décrire assez bien votre problématique du moment pour que votre encadrant puisse vous aider et puisse vous débloquer de votre situation, tout cela en ne vous perdant pas dans des détails qui vous feront perdre du temps précieux de la réunion.

Cette capacité, lors d’une présentation orale, à savoir trouver le juste niveau de détail entre ce que vous pourriez dire et ce que vous dites va être un des piliers de votre doctorat.

Il faudra alors faire très attention à prendre en compte le niveau de compétence de votre audience, vous aurez alors un discours totalement différent auprès de votre famille qu’auprès des profs de votre labo.

Donc avant toute présentation orale, prenez le temps d’identifier votre audience et en fonction de leur degré de connaissance, ajustez le temps que vous allez passer à introduire le problème, à présenter votre méthode ou encore vos résultats.

Lié à cette audience, c’est tout un travail de vulgarisation scientifique de votre recherche qu’il faudra construire et améliorer tout au long de vos années de doctorat.

Enfin, il y a tout l’aspect de trac et de stress de la présentation orale qu’il faudra travailler durant votre thèse. Vous apprendrez alors à faire de longues présentations (40 minutes / 1h) voire plusieurs heures si vous donnez des cours.

Je sais que pour ma part, le stress de la présentation m’est resté durant tout mon doctorat, j’ai senti que je m’améliorai au fil des années, mais cela reste quelque chose de très peu naturel pour moi. La gestion du trac peut être vraiment compliquée pour certains et c’est un des points centraux que vous allez devoir entrainer.

Améliorer votre communication orale :

Encore une fois, en s’entrainant beaucoup. Cela peut signifier d’organiser une présentation de votre travail devant vos collègues doctorants une fois tous les 4 mois afin d’avoir un public acquis et qui sera libre de vous dire si quelques choses ne va pas.

D’un autre coté, il est aussi essentiel, lors d’une conférence par exemple, de terminer vos slides plusieurs jours en avance (et pas le matin même dans l’avion comme j’ai pu le faire…) afin d’avoir le temps de vous préparer, de connaitre vos enchainements de slides par coeur et donc d’être totalement à l’aise le jour J.

Le fait d’être préparé, en dehors du fait que votre présentation sera plus agréable à suivre pour votre audience, vous permettra aussi de prendre plus de plaisir et de mieux gérer votre temps si vous sentez que vous allez trop vite par exemple. Bon après, je me rends compte que c’est parfois compliqué à mettre en place.

Par exemple, j’ai fini les slides de ma soutenance de thèse la veille de ma présentation et je me suis entrainé de minuit  à 3h du matin pour soutenir à 9h… Je savais que ce n’était vraiment pas la bonne chose à faire, mais au final ça s’est bien passé donc ça va…

Un autre moyen de vous améliorer serait aussi de vous enregistrer (soit juste l’audio soit la vidéo). Ça peut être parfois un peu dur de s’entendre parler, mais le fait de vous enregistrer vous permettra de repérer vos tics de langages et de repérer les moments où votre discours n’est pas très clair. Essayez au moins une fois et vous verrez bien !

4) Être créatif

Au-delà de toutes les compétences que j’ai pu citer précédemment, une autre est essentielle pour réussir votre doctorat : votre créativité !

Pas besoin d’être poète ou écrivain, mais il va vous falloir développer votre côté créatif afin de pouvoir identifier de nouveaux axes de recherche et construire des hypothèses de recherche qui n’ont pas été (trop) étudiées auparavant.

Au doctorat, vous avez quasiment le contrôle sur l’orientation de votre recherche et pour pouvoir profiter pleinement de cette espace, travailler sur votre créativité, essayer des choses, va vraiment vous permettre de faire à la fois un doctorat qui a de l’intérêt et qui vous permettra de vous faire connaître dans votre domaine, mais surtout, cela vous donnera l’envie de vous lever chaque matin, pressés de pouvoir répondre à toutes ces questions que vous vous êtes posées !

D’un point de vue plus général, en étant créatif dans votre doctorat, vous passerez aussi du statut de consommateur de connaissance (en lisant des articles, en participant à des conférences), au statut de créateurs de connaissances, et rien que ça, c’est déjà vraiment cool !

Vous pouvez alors associer votre nom à des découvertes, à des avancées de la connaissance, et ce pour l’éternité ! (En tout cas sur Google Scholar…).

Lors de mon stage aux US, mon directeur de recherche m’avait dit que les chercheurs étaient souvent les précurseurs des changements sociétaux. En effet, en tant que jeune chercheur, vous avez le temps de réfléchir en profondeur à votre problème et d’essayer d’aider la société à mieux comprendre votre problème afin d’améliorer les choses et potentiellement générer de nouveaux chemins de réflexion pour les gens.

Malgré tout, cette compétence de créativité est aussi à double tranchant. Vous pouvez alors vous retrouver dans la position du syndrome de la page blanche ou bien passer 6 mois à travailler sur un projet pour vous rendre compte qu’au final, l’hypothèse était fausse et aucun des résultats n’est publiable…

Avoir conscience de cette réalité peut vous aider à anticiper les choses et à prendre du recul sur votre situation en cas d’échec. Alors, vous pourrez seulement remettre en questions vos hypothèses de recherche et non plus votre doctorat ou pire, vous…

Associée à votre créativité, il faudra alors développer une seconde compétence annexe, qui est la capacité de résilience vis-à-vis des échecs que vous pouvez rencontrer et votre capacité à vous remettre perpétuellement en questions afin d’avancer tant bien que mal dans votre thèse.

Comment améliorer votre créativité :

Comme l’explique Cal Newport dans son livre So Good They Can’t Ignore You, afin d’être créatif et vraiment faire avancer les choses, il va vous falloir d’abord un grand travail de lecture et de compréhension, il va falloir arriver à l’”edge” de la connaissance afin de pouvoir penser le problème dans son ensemble et pouvoir avoir des idées intéressantes.

On peut alors prendre l’exemple du jazz. Un bon jazzman est un musicien qui excelle dans les solos, qui est capable d’une grande panoplie de variations musicales et tout ça, avec une facilité fascinante. Pour arriver à ce niveau, il n’a pas simplement essayé de faire des solos, il a travaillé un immense répertoire de pièces de musique pour s’entrainer, et faire en sorte que chaque note, chaque accord devienne un automatisme.

C’est ce genre de compréhension globale de votre problème que vous devez viser afin d’avoir accès à des idées qui vaillent vraiment le coup d’être étudiées !

Enfin, la créativité de votre doctorat viendra des rencontres, des discussions que vous allez avoir. Afin de vous améliorer, il faudra donc oser partager vos recherches et demander l’avis de vos directeurs, de vos collègues ou bien d’autres chercheurs pour avoir un feedback sur votre travail et peut-être ouvrir des pistes de réflexion auxquelles vous n’aviez pas accès auparavant…

5) Persévérer

Je parlais un peu plus haut de résilience et je pense qu’elle se rapproche un peu de cette 5e compétence que vous allez devoir développer durant votre doctorat, votre persévérance. Comme je le dis souvent, le doctorat est un marathon fait de petits sprints et votre persévérance, votre ténacité et votre capacité à continuer chaque jour à avancer sur votre doctorat vont être des compétences essentielles à la réussite de votre thèse.

Au-delà du bien-être individuel que peut procurer cette sensation de sentir votre thèse avancer, voir les résultats valider vos hypothèses ou le Saint-Graal : recevoir un mail vous signifiant que votre papier a été accepté, je pense vraiment que cette compétence de persévérance est une compétence qui sera vraiment valorisée, qu’importe le chemin que vous allez emprunter pour la suite de votre carrière.

Le doctorat devient alors un terrain d’expérimentation, un moyen de prendre le temps d’essayer des choses, d’analyser votre façon de travailler et d’améliorer votre capacité à continuer votre travail qu’importent les circonstances.

“One of the beautiful things about science is that it allows us to bumble along, getting it wrong time after time, and feel perfectly fine as long as we learn something each time”
(“The Importance of Stupidity in Science” par Martin A Schwartz)

Comment travailler votre persévérance :

Un très bon livre pour développer votre persévérance est War of Art de Steven Pressfield (Art of War de Sun-Tzu est vraiment bien aussi…).

En dehors du fait que ce livre est court et vraiment bien écrit, il vous décrit précisément cette force invisible qui vous assaille dès les premières minutes de la journée, cette force qui fait en sorte que vous n’avez qu’une seule envie : aller sur Facebook ou YouTube, discuter avec vos collègues ou aller cuisiner un gâteau (petit plaisir du covid !).

Comprendre comment fonctionne cette force (Path of Least Resistance dans le texte), vous permettra de vous rendre compte que vous n’êtes pas fainéant, simplement votre corps essaye d’économiser ses forces et tente de vous garder dans un mode de vie qui ne lui demande pas trop d’efforts (comme regarder un nouvel épisode de la Casa del Papel par exemple…).

En prenant conscience de tout ça, vous allez être plus à même de vous motiver et de vous “forcer” chaque jour à avancer un peu plus sur votre doctorat, à lire ce papier, à faire ces corrections d’article, et mis bout à bout, vous allez pouvoir faire progresser votre recherche et vous allez atteindre les objectifs que vous vous êtes fixés !

Ce travail psychologique sur la persévérance viendra aussi en discutant avec votre entourage sur leurs façons de travailler ou encore en lisant et en travaillant sur votre syndrome de l’imposteur si certaines situations sont compliquées pour vous à gérer.

Enfin, n’oubliez pas que vous êtes uniques et que votre doctorat aussi, vous n’avez pas besoin de vous comparer aux autres et l’objectif est de faire du mieux que vous pouvez avec ce que vous avez.

6) Devenir un véritable gestionnaire de projet

La dernière compétence (et pas des moindres) que vous allez devoir développer durant votre doctorat est votre capacité à gérer un projet de bout en bout, en respectant certains objectifs, certaines deadlines.

Cela veut dire qu’il vous faudra vous assurer plusieurs mois en avance que vos comités d’éthique sont bien faits et validés, que vos données vont arriver complètes et à temps, que vous allez avoir les appareils de mesure nécessaires pour vos expérimentations. Tout cela prend du temps, de l’énergie et pas mal d’organisation !

Savoir s’améliorer là-dedans vous permettra non seulement de toujours avoir une vision claire d’où est-ce que vous vous en allez avec votre doctorat, mais aussi de ne pas vous sentir trop stressé et sous pression si quelque chose prend plus de temps que prévu

Pour ceux d’entre vous qui travaillent en plus du doctorat, cette compétence de gestion de projet vous permettra aussi de savoir jongler avec toutes les choses que vous avez à faire durant votre semaine et encore une fois garder le contrôle sur votre emploi du temps et sur votre projet.

Comment travailler vos compétences d’organisation :

Tout d’abord, vous pouvez vous renseigner en discutant avec votre entourage, en lisant les articles que j’écris sur l’organisation de votre travail (comme celui de la semaine dernière sur le Deep Work), mais aussi en lisant des livres (comme Getting Things Done ou Making Thins Happen).

Il vous faudra aussi vous mettre en mode recherche sur votre façon de travailler afin de voir ce que vous faites bien ou non en termes de gestion de projet, est-ce que vous avez tendance à passer trop de temps sur les détails ou est-ce que vous avez du mal à avoir une vision long terme de votre recherche, etc.

Cela se travaille et ce doit être selon moi une discussion interne que vous devez avoir régulièrement afin de vous améliorer petit à petit durant votre doctorat !

Conclusion :

Pour conclure sur tout ça, j’aimerais juste vous rappeler que le doctorat est un moment un peu spécial de votre vie durant lequel vous allez pouvoir travailler sur un sujet qui vous plait, entouré de personnes passionnées.

Le doctorat est un chemin initiatique, vous n’allez surement pas révolutionner le monde en trois ans (ou plus…), mais vous allez vous découvrir et développer ces très belles compétences qui serviront durant toute votre vie, aussi bien pour votre carrière professionnelle que dans votre vie de tous les jours.

Je vous laisse donc avec cette citation que j’aime beaucoup :

“Education is not the filling of a pail, but the lighting of a fire.” (W.B. Yeats)

Si vous avez des questions ou des remarques, n’hésitez pas à les mettre en commentaire ou à m’envoyer un mail à reussirmondoctorat@gmail.com.

Cette semaine, je tiens aussi à remercier @RomainDupontP1 d’avoir contribué à cet article, cela a été d’une aide précieuse !

SOURCES :

https://jcs.biologists.org/content/joces/121/11/1771.full.pdf

https://www.quora.com/What-worthwhile-skills-and-other-lessons-did-you-learn-from-completing-your-PhD

https://www.quora.com/What-life-lessons-did-Ph-D-experiences-teach-you

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