Le Deep Work ou comment finir son doctorat en ne travaillant que 4h par jour !

Bon, il faut que je vous parle d’un truc ! Pendant mon doctorat, j’ai eu pas mal de périodes durant lesquelles j’avais du mal à avancer, je rentrai chez moi le soir avec l’impression de n’avoir rien fait.

Pour sortir de ces mauvaises passes, il y a un livre qui me recentrait, me faisait réfléchir sur ma manière de travailler, mes objectifs de doctorat mais aussi comment ma vie s’agençait autour de ce doctorat.

Ce livre, c’est Deep Work de Cal Newport et avec ses conseils, vous allez pouvoir finir votre doctorat en ne travaillant que 4h par jour ! Enfin, à peu près quoi…

Pour moi, il est dans le top 5 des livres qu’un doctorant devrait lire (il faudrait que je vous fasse un article sur ce top 5 d’ailleurs…) ! Moi qui ai fait un doctorat en math appliquées et plus spécifiquement en optimisation, ce livre est le Saint-Graal de l’optimisation de votre temps de travail !

Mais attention, le but n’est pas de devenir une machine ni un de ces workaholics qui passent 80h par semaine à travailler sur leur thèse, non, ici l’idée est d’organiser chaque journée, l’une après l’autre, de sorte vous vous sentiez avancer dans votre travail et que vous puissiez garder tout plein d’activités à côté du doctorat.

Bref, j’adore ce livre et je suis vraiment très content de prendre le temps de vous le présenter cette semaine. J’espère qu’il vous sera aussi utile qu’il me l’a été !

1) Le Deep Work, qu’est-ce que c’est ?

A – Petite mise en contexte

Bon, imaginez-vous un mardi d’une semaine classique, vous vous réveillez, vous vous préparez et commencez votre journée, il est 9h.

L’ordinateur s’allume, vous ouvrez vos mails, répondez à deux trois personnes et filez voir les news du jour et vous tombez sur ce super article que vous lisez passionnément, après deux trois scrolls sur Instagram et Facebook, vous vous dites qu’il serait temps de vraiment commencer à travailler, il est 10h30.

Vous ouvrez donc cet article que vous devez lire depuis une semaine et commencez à le parcourir. Après quelques minutes, vous vous rendez compte que vous avez soif.

Alors, vous vous levez, allez chercher de l’eau, vous croisez alors un collègue (ou votre coloc #Covid19) et vous commencez à discuter tous les deux du dernier épisode de votre série préférée. La conversation se termine, vous retournez à votre article et recommencez la lecture.

Une autre dizaine de minutes et vous tombez sur une référence que vous ne connaissez pas. Vous ouvrez alors Google Scholar, faites votre petite recherche et profitez de ce petit moment pour retourner voir vos mails et checker cette commande Amazon (je ne suis pas très fan d’Amazon, mais l’exemple est parlant…) que vous n’avez toujours pas reçue.

Vous envoyez un mail pour demander un suivi plus précis et retournez à votre article à lire. Vous regardez alors l’heure sur votre téléphone, il est midi, et en une matinée, vous avez lu une introduction d’article…

Voilà à peu près à quoi ressemble une matinée lorsque l’on n’a pas mis en place de bonnes habitudes de travail, lorsque l’on ne prend pas le temps ni l’espace de s’organiser des moments de Deep Work, de focus total permettant d’avancer vraiment sur son travail et de produire de nouvelles idées de recherche.

B – Définition du Deep Work

Dans son livre, Cal Newport distingue deux types d’activités dans une journée. Premièrement, nous avons le Shallow Work.

«Shallow Work : Noncognitively demanding, logistical-style tasks, often performed while distracted. These efforts tend to not create much new value in the world and are easy to replicate» (Cal Newport, Deep Work)

Le Shallow Work correspond alors à toutes ces petites tâches que vous faites durant la journée et qui n’apportent pas beaucoup de valeur à votre travail de doctorat (envoyer un mail, répondre à un ami sur Facebook, aller au secrétariat chercher un papier (avant le covid…)).

Ces petites tâches, puisqu’elles sont faciles, sont souvent celles que vous privilégiez et alors, vous passez vos journées entre deux mails et 3 articles de presse à lire des choses (même très intéressantes !) qui ne vous font pas vraiment avancer sur votre doctorat.

Je ne sais pas si vous avez déjà lu des livres sur la méditation (vous devriez essayer !), mais dans la pratique bouddhique, on parle souvent du Monkey Mind lorsque l’on essaye de méditer, cette tendance à voir ses pensées partir dans tous les sens sans jamais être cadrées, sans jamais se calmer.

Et bien je pense vraiment que passer une journée de Shallow Work, c’est comme passé une journée attaché à son Monkey Mind, les heures passent et on ne se focus véritablement sur rien.

A contrario, pour vraiment avancer sur votre doctorat, développer de nouvelles idées, prendre le temps d’avoir des raisonnements complexes, faire des expérimentations avec une grande rigueur, il vous faut être focus, il vous faut du Deep Work. Le but de vos journées n’est alors plus d’être occupé, mais d’être réellement productif !

“Deep Work : Professional activities performed in a state of distraction-free concentration that push your cognitive capabilities to their limit. These efforts create new value, improve your skill, and are hard to replicate.” (Cal Newport, Deep Work)

C’est ce type de tâche qui vous fait vraiment avancer dans votre doctorat, qui fait que vous allez pouvoir publier des papiers cools et, par la suite, que vous allez pouvoir travailler dans les meilleurs labos ou des entreprises à des postes vraiment intéressants.

C – Des exemples de personnes qui ont utilisé le Deep Work

Un de mes auteurs de fiction préférés est Bernard Werber, je l’ai découvert au lycée, on devait lire Le papillon des étoiles. J’ai vraiment adoré ce livre et c’est vraiment lui qui m’a donné goût à la lecture.

Tous les ans, Bernard Werber publie un livre et d’après quelques interviews que j’ai regardés de lui, par année, il en écrit deux ! J’ai trouvé ça fou et du coup, j’ai regardé comment il travaillait.

Et guess what, il fait du Deep Work, tous les jours !

Tous les matins, il va dans le même café et ne fait rien d’autre qu’écrire de 8h à midi, il n’a pas de rendez-vous, pas de mails, juste lui et son histoire.

J’ai trouvé ça vraiment cool et je pense vraiment qu’il ne serait pas un si bon auteur s’il n’avait pas ce temps de focus ultime quotidiennement.

D’autres personnalités utilisent le Deep Work. Par exemple, Bill Gates (vous connaissez ?) prend deux semaines par an, hors de l’agitation de la ville et de sa vie, simplement pour penser.

Il appelle ça des Think Weeks. Pendant ces semaines, il emmène juste des cahiers, des crayons, des livres et c’est tout. Encore une fois, pas de mails, pas de meetings, rien d’autre que lui et ses idées.

Ces Think Weeks lui permettent vraiment d’aller en profondeur dans ses réflexions et d’en faire émerger les futures tendances de Microsoft.

Je comprends que vous ne pouvez pas prendre une semaine complète par mois, pour juste vous cacher dans une cabane et lire 10 articles par jour (même si c’est un très chouette planning !). Malgré tout, mettre en place des moments de Deep Work dans vos journées peut vraiment vous aider à avancer !

2) Pourquoi le Deep Work est important pour votre doctorat

J’en ai un peu parlé plus haut, mais j’aimerais maintenant prendre le temps d’expliquer pourquoi le Deep Work est important et pourquoi vous devriez (absolument) essayer d’en avoir le plus possible dans vos journées.

A – Le Deep Work, une ressource rare et recherchée

Dans notre société actuelle, clairement, le Deep Work n’est pas très à la mode. Les réseaux sociaux vous prennent beaucoup de temps, vous pouvez commander un taxi ou votre lunch en 10 secondes sur votre téléphone. Tout va très vite et tout est fait pour que l’on choisisse la facilité dans beaucoup de circonstances.

“Our work culture’s shift toward the shallow (whether you think it’s philosophically good or bad) is exposing a massive economic and personal opportunity for the few who recognize the potential of resisting this trend and prioritizing depth ” (Cal Newport, Deep Work)

Dans ce contexte, les personnes qui réussissent, qui ont une carrière intéressante et épanouissante, sont celles qui arrivent à prendre de la distance vis-à-vis de cette instantanéité et qui arrivent à passer de longues heures focus sur leur travail, sur leurs objectifs.

Cette concentration leur permet de créer des objets, de produire des idées, avec un véritable valeur et de ce fait, créent des choses qui sont très difficilement reproductibles. Ce sont ces résultats uniques et rares qui sont réellement valorisés sur le long terme et ce sont ceux-ci qui vous aideront à avoir une belle carrière.

En plus, au doctorat, vous êtes en plein dans l’économie de la connaissance. Peu importe le fait que vous passiez 20h ou 60h devant votre ordi, ce qui compte ce ne sont pas les heures passées, mais bien les idées produites, les articles écrits et les conférences auxquelles vous avez assisté. Pour tout cela, il vous faut être focus, il vous faut du Deep Work !

B – Le Deep Work comme source de joie

Dans son livre Flow, Mihály Csíkszentmihályi (prononcé Chi-Set-Mi-Raïl !) explique que les moments de bonheur dans nos journées ne se produisent pas lorsque vous êtes allongés devant la télé à regarder Netflix ou que vous envoyez un mail à votre proprio.

Non, les moments de bonheur d’une journée arrivent lorsque vous êtes pleinement focus, lorsque la tâche que vous êtes en train de faire est ni trop facile, ni trop difficile, qu’elle correspond exactement à la limite de vos connaissances, limite que vous essayez perpétuellement de repousser.

Vous atteignez alors ce que l’auteur appelle le Flow State, l’état de flow. Dans cet état, le temps s’étire, vous êtes totalement imprégnés par la tâche que vous effectuez et vous ressentez alors un mélange d’accomplissement personnel et de bonheur.

Pour ma part, ces moments de flow je les ai lorsque je lis un livre que je trouve vraiment intéressant, lorsque je suis au milieu d’un algorithme compliqué à coder ou lorsque je passe deux heures avec mes directeurs de thèse à réfléchir à la meilleure approche mathématique pour mon problème. (Ça m’arrive aussi quand je fais un gateau hein, je fais pas juste des trucs de geeks…)

Atteindre ces moments de flow demande alors de l’organisation et de la concentration, ils demandent du Deep Work.

Mettre en place des moments de Deep Work dans votre journée ne devient donc plus uniquement un moyen de bien travailler, mais aussi un moyen d’avoir des petits moments de plaisir et de joie !

“A deep life is a good life” (Cal Newport, Deep Work)

3) Comment mettre en place des moments de Deep Work dans vos journées

A – La préparation

Comme je l’expliquais un peu plus haut, le Deep Work est relié à la tâche que vous êtes en train d’accomplir. À parti de ça, il apparait donc que du Deep Work se prépare, aussi bien sur le plan des tâches à faire que du temps que l’on va s’allouer pour ces tâches.

En ce qui concerne les tâches, moi ce que je fais et qui marche plutôt bien est de prendre un moment, souvent le dimanche soir, pour regarder la liste des choses que j’aimerai faire durant la semaine qui vient et essayer de me faire une liste par jour des choses que je souhaiterai accomplir.

Ce planning n’est pas quelque chose de figé, mais il permet d’avoir une base sur laquelle se reposer lorsque vous vous sentez un peu perdu au milieu de tous vos projets.

Ensuite, il y a la période de blocage du temps, c’est selon moi la plus importante. Pour définir ces temps de Deep Work, il va vous falloir dans un premier temps prendre en compte toutes les réunions, toutes les contraintes que vous avez déjà à votre agenda.

Aussi, il vous faudra avoir une réflexion sur votre façon de travailler, afin d’identifier les moments dans la journée durant lesquels vous êtes le plus productif, les moments durant lesquels vous allez être les plus à-même de faire du Deep Work.

Pour ma part, ce sont souvent les premières heures de la journée (comme 7h-10h) mais ça peut vraiment dépendre de chacun. Les contraintes personnelles (famille, obligation de travail hors doctorat, etc.) joueront aussi beaucoup sur ce planning des moments de Deep Work.

B – Pendant votre moment Deep Work

Une fois que vous commencez une période de Deep Work, le but est de la transformer en moment de focus et de flow, afin d’avancer le plus possible sur votre travail.

Cela passe par le fait de se créer un petit cocon, un endroit dans votre maison, à la bibliothèque, dans un café, qu’importe pourvu que vous ne soyez pas dérangé pour les prochaines deux ou trois heures.

En plus de vous isoler physiquement, vous pouvez vous isoler du bruit ambiant. Par exemple, pour écrire cet article, je suis allé dans un café près de chez moi. L’ambiance est chouette, les gens qui sont assis travaillent aussi et j’ai mon casque avec du bruit blanc pour me couper du bruit ambiant.

C’est dans ce genre d’environnement que je peux faire des vrais moments de Deep Work et je sais que si tout va bien, à la fin de cette séance de Deep Work, cet article sera terminé (enfin j’espère…).

Après, j’ai aussi tout un process pour éviter les distractions pendant que j’écris.

Par exemple, mon téléphone est dans mon sac, j’ai enlevé les notifications de mail ou de Slack et j’ai un petit timer que je suis et qui me dit lorsque ma session de 50 minutes est terminée. Ça parait un peu violent et militaire expliqué comme ça, mais ça marche vraiment pour moi.

Ça me permet vraiment d’avancer rapidement sur les tâches que je veux faire et de me libérer du temps pour faire d’autres choses hors travail !

C – Après le Deep Work

Dans leur livre Willpower, John Tierney et Roy Baumeister expliquent que notre capacité quotidienne à prendre des décisions et à nous concentrer sur quelque chose d’important est limitée.

Il est donc essentiel de l’utiliser avec parcimonie et surtout de ne pas vouloir trop tirer sur la corde lorsque vous avez déjà beaucoup avancé dans votre journée.

Selon ces auteurs, le Willpower est comme une petite citerne d’énergie que vous videz au cours de la journée et qui se remplit la nuit.

De ce fait, il est biologiquement très compliqué de vouloir faire 10h de Deep Work dans sa journée. La plupart du temps, dans les livres et les articles scientifiques, les gens parlent de 4h par jour.

Cela peut sembler peu, mais si ce sont 4 vraies heures, sans interruptions et tournées vers une tâche complexe et importante pour votre doctorat, alors 4h par jour suffisent amplement à faire avancer votre doctorat.

“Three to four hours a day, five days a week, of uninterrupted and carefully directed concentration, it turns out, can produce a lot of valuable output.” (Cal Newport, Deep Work)

C’est pourquoi Cal Newport explique dans son livre qu’il ne travaille jamais après 17h30, ayant déjà très bien avancé sur ces projets durant la journée.

Cela ne l’empêche pas d’avoir décroché un poste de prof dans une université prestigieuse ni d’avoir publié plusieurs livres au cours des dernières années.

Ça me fait d’ailleurs penser au slogan de la compagnie Slack, dans leurs bureaux, en gros, ils ont écrit : “Work Hard and Go Home”. Tout est dit.

Si on prend le cas du doctorat, il est donc préférable de rentrer chez soi à 18h, de se reposer, faire du sport, prendre le temps de cuisiner un truc cool et revenir le lendemain en forme plutôt que de vouloir à tout pris avancer et passer sa soirée devant l’écran sans être capable de ne rien produire de qualité.

En tout cas, c’est ce que j’essaye de faire (lorsqu’il n’y a pas de deadline toute proche) et ça marche plutôt bien !

Voilà, j’espère que la présentation de ce livre vous a plu et que je vous ai donné envie de le lire. Si vous voulez un peu plus d’infos, vous pouvez lire mes notes de lecture iciJe suis conscient que cette technique du Deep Work ne peut pas être utilisée en tout temps par tous les doctorants mais savoir qu’elle existe vous permettra d’essayer de la mettre en place dès que vous le pourrez et alors peut-être, vous arriverez à atteindre ce focus et ce flow tant esperé !

Et si vous avez des questions sur le Deep Work ou que vous avez besoin de petits conseils pour le mettre en place, vous pouvez m’écrire à reussirmondoctorat@gmail.com.

Enfin, pour recevoir automatiquement mes prochains articles, c’est par ici et si vous avez des livres qui vous ont aidé pour votre doctorat, partagez-les en commentaires !

Bonne semaine et bon courage à tous pour votre doctorat !

Florian

P.S : On est 3 heures plus tard et cet article est terminé. Le Deep Work a encore une fois plutôt bien marché !

Ressources utiles :

Newport, C. (2016). Deep work: Rules for focused success in a distracted world. Hachette UK.

Csikszentmihalyi, M. (2013). Flow: The psychology of happiness. Random House.

Baumeister, R. F., & Tierney, J. (2012). Willpower: Rediscovering the greatest human strength. Penguin.

https://www.forbes.com/sites/maurathomas/2020/07/10/solve-productivity-problems-time-management-training-vs-attention-management/#120dc29f1e90

3 comments

  1. J’ai pas encore commencé officiellement la thèse mais c’est ce que j’ai appliqué un peu instinctivement ces dernières semaines pour préparer mon projet de candidature. J’étais dans le Flow vraiment à 100% de 8h (au réveil) à 12h. Là j’allais prendre ma douche, faire mon repas puis 1h de pause détente et l’après-midi je faisais des tâches moins demandeuses : réorganiser ma biblio, répondre à des mails, compléter des tableaux excel… Le flow c’est une drogue non ? C’étais facile à appliquer parce que j’étais chez moi, dans de bonnes conditions et peu de demandes extérieures car en vacances. A voir pour la suite comment j’y arriverai avec seulement 2/3 jours par semaine à consacrer à la thèse (cause travail à temps partiel)… Mon prochain challenge, réussir à respecter des temps d’exercice physique même quand j’ai une deadline ou que j’ai super envie de travailler 🙂

    1. Salut Aline,

      C’est génial que tu ai réussi à utiliser aussi bien le Deep Work !! Pour ta thèse, si tu arrives déjà à avoir 2/3 jours par semaine, ce sera déjà cool ! Après c’est aussi un rythme à prendre, une routine de Deep Work à mettre en place au fur et à mesure des mois.

      Bon courage pour ta thèse en tout cas !

      Florian

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *