Sentiment de solitude au doctorat : Comment y faire face

Il y a quelques temps, je vous ai envoyé un petit questionnaire pour savoir quel était votre plus gros problème vis-à-vis de votre doctorat. Entres toutes les réponses, il y en a eu une qui ma beaucoup frappé, juste deux mots : « La solitude. ».

Ces quelques mots m’ont vraiment touché et j’ai repensé à ces périodes du doctorat durant lesquelles je me suis moi aussi senti seul.

Non pas que je n’avais personne a qui parlé mais j’avais l’impression de ne pas avancer dans mon doctorat et la peur de paraitre incapable faisait en sorte que je n’osais parler à personne et restait donc seul avec mes blocages.

Ces derniers jours, j’ai donc pris le temps de me renseigner sur la solitude des doctorants, est-ce quelque chose de courant, est-ce qu’il y a des moyens de l’éviter, etc.

Voici le fruit de ce travail, j’espère qu’il pourra aider certains d’entres vous !

1) La solitude au doctorat : Un phénomène largement partagé

Bon, on va commencer par ça : Si vous ressentez de la solitude durant votre doctorat, sachez que vous n’êtes pas seuls !!  D’après une étude anglaise, 46% des chercheurs ressentent un sentiment de solitude durant leur carrière, et ce chiffre atteint 64% pour les étudiants au doctorat.

Il est normal d’avoir des moments seuls durant votre doctorat, ils vous permettent alors de pouvoir réfléchir dans le calme, de prendre le temps de lire profondément un papier ou de rédiger efficacement votre thèse. Cette solitude est salvatrice et nécessaire.

“Just as hunger signals the body’s need for nourishment, loneliness warns us that important psychological needs are going unmet.” ([3])

Néanmoins, par moments, il peut arriver qu’une autre solitude s’installe, celle qui vous fait tout remettre en question, celle qui vous fait dire que vous n’êtes pas assez bien et que personne ne peut vous aider.

Disclaimer : Cette sensation de solitude peut être source d’une très grande anxiété voire de dépression. J’ai lu beaucoup de chose pour rédiger cet article, malgré tout, j’ai un doctorat en mathématiques et non en psychologie donc si vous sentez que la solitude prend trop de place dans votre vie, prenez le temps de contacter quelqu’un qui peut vraiment vous aider à en sortir, votre université doit avoir des personnes dédiées à ça, même (et surtout !) en temps de Covid.

2) Les raisons de la solitude au doctorat

Dans un premier temps, la solitude peut venir du modèle doctorat en lui-même. Lorsque vous commencez votre doctorat, vous quittez un monde dans lequel vous faites partie d’une classe, une promotion, avec des cours cadrés et des examens.

Cet ancien modèle est clair et vous savez qu’il faut « juste » travailler le matériel du cours et vous devriez pouvoir vous en sortir en fin de semestre.

Pour le doctorat, c’est vraiment différent, après l’excitation des premiers mois, vous vous retrouvez lâcher dans la nature, vous devez alors définir votre cadre de recherche, définir des hypothèses, vous avez une montagne d’articles scientifiques à lire et dans tout ça, il est facile de se sentir perdu et sans trop de repères.

Dans ces moments, vous ne trouvez pas toujours (ou vous n’osez pas chercher à cause du syndrome de l’imposteur) la personne à qui parler de vos problèmes, cela peut-être une personne de l’université, votre directrice de thèse ou simplement un collègue de bureau.

Le fait de ne pas oser partager ces moments de solitude crée souvent un cercle vicieux duquel vous pouvez avoir du mal à sortir…

Le doctorat est aussi un projet durant lequel vous allez passer plusieurs années de votre vie à travailler sur un sujet très précis, une micro-niche que très peu de gens connaissent. Vous essayez de répondre à des questions que vous vous êtes vous-mêmes créé sans être sûrs qu’une réponse existe ! (joli programme !).

Vous pouvez alors avoir du mal à expliquer ce que vous faites à votre entourage…

Viens alors le repas de famille, où votre tante qui travaille depuis 15 ans dans la même entreprise à faire un travail qu’elle n’aime pas vous dit : « Alors, toujours aux études, il va falloir finir et trouver un vrai travail à un moment !!».

“PhD loneliness will hit you when you are working at midnight on some research topic nobody in your continent understands (or give[s] a damn about) except for you” (Julio Peironcely)

Vous pouvez aussi vivre un sentiment d’isolement du point de vue physique, c’est généralement le cas pour les personnes qui travaillent en sciences humaines et sociales. Vous n’avez alors pas accès à un laboratoire dans lequel vous faites des expérimentations, entourés d’autres doctorants, et vous retrouvez souvent à la bibliothèque entourés de livre, nice !

Enfin, cet isolement physique peut aussi se retrouver lorsque votre directeur de recherche est absent, ne répond pas aux courriels, ne prend pas le temps de corriger les travaux que vous lui envoyez.

Le Covid a grandement accentué cette solitude en forçant tout le monde à travailler depuis chez soi, coupant une grande partie des interactions sociales qui peuvent avoir lieu à l’université. De nouvelles façons de communiquer et de sortir de cette solitude doivent alors être mise en place.

3) Quelques pistes de solution pour réduire le sentiment de solitude

Tout d’abord, rappelez vous que vous n’êtes pas mariés avec votre thèse, vous n’êtes pas forcés d’en faire le centre de votre vie. C’est un projet de grande ampleur et très important pour votre carrière, certes, mais cela n’a pas besoin de prendre toute la place dans vos semaines, vous devez vous laissez du temps pour d’autres activités.

Trouvez-vous un buddy de doctorat.

Comme préconisé dans Norrell et Ingoldsby (1991) [1], il peut être important de vous trouver un partenaire, un buddy de doctorat.

Cette personne sera celle à qui vous pourrez tout dire de votre doctorat, les bons comme les mauvais moments. Elle sera là pour vous écouter lorsque vous serez déprimés mais sera aussi là lorsque vous aurez à présenter votre travail en conférence et que vous ne serez pas sûr de vos slides.

Avoir une telle personne dans votre vie de doctorant vous aidera vraiment à décompresser et à vous libérer l’esprit après une mauvaise semaine.

Si vous pensez à une personne en particulier, envoyez lui cet article avec le message « Veux-tu être mon buddy » et hop, à vous le doctorat heureux !!

Si pour le moment, vous n’avez personne en tête, envoyez-moi un mail à reussirmondoctorat@gmail.com et je serai très heureux d’être votre buddy !!

Essayez de vous reconnecter avec les gens.

Créer de vraies relations avec les gens prend du temps et des efforts mais elles vous aideront vraiment à mieux vivre votre doctorat.

Vous pouvez alors créer un petit groupe de travail dans lequel chacun est à l’aise de présenter ses avancées et peut alors recevoir des commentaires constructifs sur son travail sans avoir la pression du directeur de recherche (une relation qui peut parfois être compliquée à gérer).

Avec ce groupe de travail, vous pouvez aussi collaborer sur un projet différent de votre doctorat, en organisant une conférence ensemble ou en participant à une compétition par exemple. Cela vous permettra alors de sortir votre esprit de votre sujet de recherche tout en développant de nouvelles compétences pour la suite de votre carrière.

Reprenez le contrôle de votre doctorat.

“Il faut s’occuper de sa zone d’influence et abandonner sa zone de préoccupation” (Un type sur youtube il y a deux ans (je ne sais plus qui c’est…) )

Pour cela, je pense qu’une première étape consiste à réfléchir à l’avancée de votre doctorat et à vous fixer des objectifs réalistes à court et moyen termes.

Le doctorat est comme un archipel avec des milliers d’îles et l’idée est ici de décider quelle île vous allez explorer durant la prochaine semaine.

Le fait de restreindre votre attention à une partie très restreinte de votre projet va vous permettre d’être pleinement focus mais aussi, en vous fixant des critères précis de réussite, d’avoir un feedback rapide sur votre travail et savoir si vous êtes dans la bonne direction ou non.

Dans le livre Essentialism : The disciplined pursuit of less, il y avait cette image qui je trouve représente assez bien le fait de restreindre son focus pour mettre toute son énergie dans une seule direction au lieu de s’éparpiller.

Prenez du temps hors de votre doctorat.

Ce conseil est très basique mais il est quand même bien de le rappeler. Votre famille, vos amis comptent dans votre vie et pour garder un rythme de travail correct, il est essentiel de garder du temps pour eux dans vos semaines.

Cela peut être en organisant un diner chez vous ou en allant faire du sport le weekend, dans tous les cas, déconnecter votre cerveau de vos travaux de recherche est essentiel. Si vous pensez que c’est quelque chose de possible pour vous, essayez de vous déconnecter totalement de votre doctorat une journée par semaine, pas de courriels, pas de papiers à lire, juste vous et la « vraie » vie !!

Utiliser les réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux peuvent (souvent) être sources de procrastination et de perte de temps (je ferai bientôt un article là dessus je pense) mais ils peuvent aussi vous aider à lire des commentaires de personnes qui sont passées par les mêmes difficultés que vous et ont réussi à retrouver un équilibre dans leur doctorat (c’est un peu ce que j’essaye de faire à travers mes articles).

Ces mêmes réseaux sociaux peuvent aussi vous permettre de partager votre expérience et vos doutes de manière assez anonyme si cela est quelque chose qui peut vous rassurer. Dans tous les cas, beaucoup de ressources existent sur internet et en prenant le temps, vous trouverez surement des ressources qui vous aideront.

Enfin, pour recevoir automatiquement mes prochains articles, c’est par ici !

Bon doctorat !

SOURCES :

[1] Norrell, J. E., & Ingoldsby, B. (1991). Surviving academic isolation: Strategies for success. Family Relations, 345-347.

[2] Cantor, G. (2020). The loneliness of the long-distance (PhD) researcher. Psychodynamic Practice26(1), 56-67.

[3] Zirpoli, M. (1986). Loneliness and graduate students: a descriptive study.

[4] Belkhir, M., Brouard, M., Brunk, K. H., Dalmoro, M., Ferreira, M. C., Figueiredo, B., … & Smith, A. N. (2019). Isolation in globalizing academic fields: A collaborative autoethnography of early career researchers. Academy of Management Learning & Education18(2), 261-285.

https://www.nextscientist.com/phd-loneliness/

https://www.postgraduatesearch.com/advice/life/beating-phd-loneliness/ap-23268/

https://www.insidehighered.com/blogs/gradhacker/lonely-life-academic

https://www.theage.com.au/education/lonely-phd-student-just-log-in-20110808-1iixu.html

https://www.enago.com/academy/how-to-deal-with-academic-isolation/

https://theconversation.com/overworked-and-isolated-the-rising-epidemic-of-loneliness-in-academia-110009

https://thesiswhisperer.com/2015/08/05/are-most-academics-lonely-at-work/

https://www.elsevier.com/connect/covid-19-and-loneliness-can-we-do-anything-about-it

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