La relation doctorant/encadrant : Mode d’emploi

Depuis le début de mon doctorat, j’ai la chance d’avoir deux co-directeurs avec qui j’aime beaucoup travailler (L-M et Nadia, si vous me lisez…). Au-delà de leurs expertises de chercheur.e.s, ce sont aussi des personnes avec qui j’aime échanger sur le monde académique comme sur tout plein de sujets du quotidien. Or tout n’est pas toujours si rose…

D’après de nombreux chercheurs, la relation étudiant.e/encadrant.e (RÉE) est centrale dans un doctorat et peu impacter grandement la réussite de l’étudiant.e. Souvent, on souhaite voir dans le.a directeur.rice de thèse plus qu’un.e encadrant.e mais un.e véritable mentor, une personne qui nous guide à travers le monde de la recherche. Or, la thèse s’étalant sur plusieurs années, il est normal que certaines tensions émergent. Il peut alors être compliqué pour l’étudiant.e d’exprimer son ressenti et de nombreux non-dits peuvent apparaitre dans la relation.

Dans [1], Gill et Burnard expliquent que ”le superviseur est crucial pour le doctorant de par ses compétences théorique et son statue de guide, de conseiller et de support” et qu’”une bonne supervision de doctorat implique un certain nombre d’encouragements, de conseils, de support, d’appréciations critiques et constructives”. De plus, il a été montré la corrélation qui peut exister entre une mauvaise relation avec l’encadrant.e et le stress, l’anxiété vécus par l’étudiant.e comme présenté dans [2].

L’encadrant.e a aussi un double rôle qui peut parfois être compliqué à gérer pour l’étudiant.e, d’une part il/elle doit faire office de guide/mentor pour les recherches de l’étudiant.e, mais d’autre part, il/elle a un rôle de juge, une personne qui juge la qualité du travail fourni ainsi que l’implication de l’étudiant.e dans tout ce qu’il entreprend.

Les sources majeures de conflit

Un doctorat est long et souvent compliqué, la RÉE peut donc être soumise à différentes difficultés. J’aimerai ici lister les principales sources de conflit que j’ai pu rencontrer à travers des discussions que j’ai eues avec d’autres doctorant.e.s.

  1. Une différence de personnalité. Dans la vie, on ne s’entend pas avec tout le monde et c’est pareil dans le monde de la recherche. Certain.e.s doctorant.e.s ont expliqué le fait que la communication avec leur encadrant.e était très compliquée, car ils n’étaient simplement pas sur la même longueur d’onde ; ils comprenaient les choses de travers ou bien la façon de communiquer de leur prof ne leur convenait pas du tout. En plus de cela, certain.e.s encadrant.e.s vont laisser beaucoup d’autonomie à l’étudiant.e tandis que d’autre vont vouloir avoir un rendez-vous chaque semaine pour suivre jour après jour les avancées de la recherche. Cette différence d’appréhension de la recherche peut déstabiliser et ne pas convenir avec votre propre façon de fonctionner.
  2. Une incompréhension sur les attentes. Vous avez des attentes vis-à-vis de votre superviseur.e et ceci est réciproque. Il est donc essentiel de mettre au clair ce que l’un attend de l’autre, que ce soit en termes de résultats, que de la qualité ou de la forme du travail de l’étudiant.e. Si vous pensez que vous avez un mois pour faire votre revue de littérature et votre prof l’attend pour la semaine suivante, ça peut en effet créer quelques problèmes…
  3. Le choix des thèmes de recherche. Pour avoir envie de vous lever le matin et travailler sur votre doctorat, il est essentiel que vous soyez passionné par votre recherche. Pour cela, il vous faudra montrer à votre superviseur.e que ce sur quoi vous souhaitez travailler est innovant et prometteur. Il faudra aussi parfois que vous vous “battiez” pour défendre vos positions et orientiez la recherche vers ce qui vous convient le mieux en termes d’intérêt, mais aussi en fonction de vos compétences.
  4. L’aspect financier. Certain.e.s doctorant.e.s peuvent avoir une bourse assurée par leur encadrant.e ou bien par leur département pendant toute la durée de leurs études. Or, certains n’ont pas cette chance et doivent alors trouver des postes de chargé.e.s de cours ou encore appliquer régulièrement à des bourses. Cette question de l’argent peut devenir une contrainte majeure pour votre doctorat et éviter d’en discuter avec votre prof peut créer de gros problèmes. Souvent, vous ne serez pas pleinement disponibles pour vos recherches (aussi bien en temps qu’en focus mental) et vous pourrez alors recevoir des reproches de votre encadrant.e à cause du temps que vous prenez pour avancer dans vos recherches.

L’élément clé de la RÉE : La communication

Comme dans toute relation interpersonnelle, la clé réside dans la communication. Le fait de communiquer permet plusieurs choses : 1) tout d’abord, cela évite les non-dits, les discussions que l’on n’ose pas avoir par peur de l’avis de l’autre. On peut alors passer plusieurs mois à éviter l’autre par peur d’avoir “the talk” ; 2) communiquer permet aussi de partir des faits, d’expliquer comment on voit les choses et ce que l’on attend de la situation. Cela permet aux deux personnes de comprendre les attentes et les besoins de l’autre tout en limitant le conflit.

Votre encadrant.e souhaite la même chose que vous, que vous obteniez votre doctorat avec des très bonnes recherches et des publications dans des journaux prestigieux. Vous êtes donc dans le même bateau et le fait de communiquer fréquemment permettra de clarifier les choses et de toujours garder le cap vers une direction que vous aurez choisie ensemble.

De l’importance des réunions

Les réunions que vous avez avec votre encadrant.e sont des moments très importants pour votre doctorat. C’est pendant ces meetings que vous allez décider des grandes directions de votre recherche et que vous allez réellement avoir l’occasion de partager vos idées et vos doutes.

Le premier point est de faire en sorte que vous ayez des rencontres régulières. Cela peut être une fois par mois et être plus fréquent quand une deadline approche (soumission d’article, fin de thèse). Lors d’un stage, j’avais une réunion par semaine avec mon encadrant et je sais que j’appréciais beaucoup ça. En plus du fait de me pousser à avancer, ces réunions hebdomadaires permettaient de répondre très rapidement aux questions que j’avais et de prendre plus rapidement des décisions sur les pistes de recherche sur lesquelles je devais travailler.

Le second point est de préparer ces réunions. Ayez une liste des sujets que vous souhaitez aborder, des questions majeures sur lesquelles vous souhaitez travailler. Encore une fois, le temps de votre superviseur.e est précieux, il est donc essentiel d’aller droit au but et de maximiser ce que vous pouvez tirer des quelques dizaines de minutes que vous allez passer ensemble.

Enfin, essayez de garder une trace de chacune de ces réunions. Vous pouvez par exemple, après chaque rencontre envoyer un courriel à votre prof en résumant les points discutés ainsi que les décisions prises. Ces petits courriels succincts ont deux avantages. Premièrement, ils permettent de garder une trace, un historique sur lesquels vous raccrochez dans le futur. Deuxièmement, ils permettent d’être sûr que vous avez bien compris ce que votre prof attend de vous. S’il lit votre courriel et voit que quelque chose a été mal compris, il va pouvoir vous le dire tout de suite et éviter de futurs problèmes.

Quelques conseils pour faciliter la RÉE

  • Posez-vous les bonnes questions avant et au début de la thèse. Avant de choisir de collaborer avec tel ou tel prof, rencontrez cette personne, essayez de contacter des ancien.ne.s étudiant.e.s pour savoir comment la personne travaille, quel est son caractère, etc. Ensuite, lors des premiers rendez-vous, essayez de mettre au clair les grandes lignes de votre relation de travail : quelles sont les premières grandes étapes du doctorat, quelle fréquence pour les rencontres, etc. Partager votre vision du doctorat et faites en sorte de comprendre celle de votre superviseur.e pour être sûr que tout se passe dans les meilleures conditions possibles.
  • Essayez d’être le plus proactif possible. Les profs ont souvent beaucoup de choses à gérer (cours à donner, nombreux étudiants à diriger, demandes de subvention, etc.). Vous devrez donc essayer d’anticiper le plus possible les petits soucis qui pourraient arriver. Par exemple, si vous avez une date limite pour une soumission, prenez en compte le fait que votre prof peut prendre 2/3 jours, voir plus, pour corriger votre document et donc envoyez-lui en avance.
  • Faites-vous confiance et prenez la responsabilité de votre doctorat. C’est votre doctorat, c’est donc votre recherche. Pour vraiment profiter de ces années de recherche, essayez de prendre les devants et d’être la personne qui décide des grandes lignes de votre doctorat. Cela vous demandera de travailler régulièrement et assidument mais la satisfaction des résultats qui en découleront sera très grande. En plus de cette fierté, le fait de réellement prendre la responsabilité de votre recherche vous amènera à chercher rapidement des solutions à vos problèmes, à tester des pistes sans attendre l’aval de votre encadrant.e et donc de finir plus vite votre thèse.

Voilà, j’espère que ces quelques informations vous permettront de mieux appréhender ce lien qui vous lie à votre superviseur.e.

Malgré tous vos efforts, il est possible que cela ne suffise pas et que votre relation avec votre encadrant.e ne fonctionne pas (incompatibilité de caractère). Il est important d’en discuter et de vous renseigner sur ce qui peut être fait pour ne pas que cela nuise à votre doctorat. Dans un premier temps, vous pouvez en parler aux doctorants autour de vous. De plus, au sein des universités, de nombreuses ressources existent pour permettre de résoudre les conflits.

N’hésitez pas à partager cet article autour de vous ou à commenter si vous avez des remarques ou suggestions !

APPEL À TÉMOIGNAGES

Dans les prochaines semaines, j’aimerai publier un article “témoignages” à propos d’étudiant.e.s ayant vécu des situations compliquées avec leurs encadrant.e.s (gros conflits, harcèlements, ..). L’idée de ces témoignages est de montrer quels peuvent être les signes avant-coureurs d’une RÉE qui dégénère et comment se sortir d’une telle situation. Si vous avez vécu ou vivez actuellement une situation comme celle-ci, vous pouvez m’écrire à reussirmondoctorat@gmail.com. Ces témoignages resteront bien évidemment anonymes.

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Sources :

[1] Paul Gill and Philip Burnard. The student-supervisor relationship in the phd/doctoral process. British Journal of Nursing, 17(10):668–671, 2008.

[2] Teresa M Evans, Lindsay Bira, Jazmin Beltran Gastelum, L Todd Weiss, and Nathan L Vanderford. Evidence for a mental health crisis in graduate education. Nature biotechnology, 36(3):282, 2018.

[3] Fay Hodza. Managing the student-supervisor relationship for successful postgraduate supervision: a sociological perspective. South African Journal of Higher Education, 21(1):1155–1165, 2007.

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