Comment gérer le syndrome de l’imposteur au doctorat

Je me souviens de mon premier jour de stage aux États-Unis. Je suis assis dans un bureau avec deux des meilleurs chercheurs de mon domaine. Nous parlons du projet sur lequel je vais travailler pendant 6 mois et, pendant que l’on discute, une petite voix commence à résonner dans ma tête : « Ils savent tellement de choses… Ils vont bien se rendre compte que je ne suis pas aussi bon qu’eux, que je ne connais rien… Mais comment vais-je faire pour être à la hauteur !? »

Et bien ceci est dû à ce que l’on appelle le syndrome de l’imposteur (SI). Le SI correspond au fait de ne pas se sentir légitime quant à son statut, d’attribuer ses réussites à des facteurs extérieurs et non pas à nos propres compétences.

Lors de nos succès, on a alors l’impression d’être surestimé, de tromper les gens autour de nous. Et plus on réussit de choses, plus le stress augmente, car on se dit que les gens vont nous demander de faire des choses encore plus grandes et, alors, ils vont se rendre compte de notre incompétence.

C’est un phénomène très répandu chez les personnes à haut-niveau d’études [1] et surtout chez les personnes qui sont les premières de leur famille à atteindre un certain niveau d’études [2]. Ce syndrome amène souvent avec lui, différents problèmes tels que du stress, de l’anxiété ou encore la remise en question constante de nos compétences.

Parmi les étudiant.e.s au doctorat, quasiment tout le monde sera amené à ressentir le SI lors de ses études (et même après).

Ci-joint une photo de moi lors de ma dernière présentation en conférence…

Alors oui, il est sain de garder un esprit critique sur notre travail, de remettre en question nos connaissances, afin de les améliorer. En revanche, le fait de se dévaloriser, de dénigrer ses compétences et de perdre toute confiance en ses capacités de chercheur.e peut-être très problématique pour notre doctorat. Et à rester dans ce schème de pensée, dans nos craintes, on perd toute confiance en nous et on peut en venir à remettre totalement en question notre doctorat.

Comprendre le syndrome de l’imposteur

D’après mon expérience et les petites recherches que j’ai pu faire sur le sujet, je pense que l’on peut définir 3 grandes raisons au SI.

Premièrement, on est au doctorat, notre lieu de travail est l’université, lieu de connaissance par excellence. De ce fait, on passe nos journées avec des chercheur.e.s rempli.e.s de savoir, des personnes qui ont passé leur vie à faire de la recherche On a alors souvent l’impression que ces personnes représentent l’élite de la recherche et du monde académique (CV interminable, publications et communications prestigieuses, renommée dans le département de recherche et au-delà). Mais, au lieu de vouloir les prendre comme mentor, on considère ces personnes comme des standards, des objectifs à atteindre et alors on se sent ridicule, le SI dans toute sa splendeur !

Les autres étudiants au doctorat sont aussi souvent issus des meilleures écoles, des meilleures universités, et au milieu de tout ça et il est normal de se dire : « Mais qu’est-ce que je fais là !? ». De manière générale, au labo, on peut toujours trouver des gens qui en savent plus que nous sur tel ou tel sujet et alors on a l’impression de ne rien connaitre et de ne pas avoir notre place. Or, la réalité est plutôt comme ça :

Dans cette situation, il faut comprendre que personne ne peut être un.e expert.e dans tout. Oui, certaines connaissances nous manquent, mais cela ne doit pas remettre en question nos compétences, ni nos ambitions de doctorat.

Deuxièmement, le modèle du doctorat est vraiment différent de celui que l’on rencontre au bac ou à la maitrise. Comme l’explique très bien James Hayton dans son livre PhD: An uncommon guide to research, writing & PhD life (2015), au doctorat, on n’est pas au sommet de la pyramide des études, mais plutôt en bas de l’échelle de la recherche. On arrive dans un nouveau monde duquel nous devons tout apprendre. Il n’y a pas de chemin tout tracé pour valider notre doctorat, il ne dépend que de nous de chercher, de faire avancer la connaissance et de publier des papiers.

En plus de cela, on doit apprendre à faire des demandes de bourses, nous créer un réseau professionnel de personnes avec qui collaborer et parfois préparer des charges de cours. Toutes ces nouvelles compétences peuvent faire peur, on peut alors se perdre dans tout cela et se dire que l’on n’est finalement pas assez compétent pour tout gérer.

La troisième raison pour laquelle on peut être atteint du SI est le fait qu’une grande compétition peut exister dans le monde de la recherche. Cette compétition peut venir, d’une part, du fait que le nombre de postes de profs est très limité et il faut donc se construire le meilleur CV possible pour avoir une chance de continuer dans le monde académique. D’autre part, tout au long du doctorat, les étudiants doivent aussi se battre pour obtenir des contrats d’assistanat de recherche, des charges de cours, etc. Ces postes étant aussi restreints, une certaine rivalité peut s’installer entre les étudiants. On se compare alors sans cesse avec les autres doctorant.e.s, on se met des standards de réussite très élevés, ce qui nous stresse et au final, bloque totalement nos compétences et notre créativité.

Les conséquences du SI

Le syndrome de l’imposteur peut arriver petit à petit dans notre vie de doctorant.e, mais son impact est réel. Parmi les conséquences de ce phénomène, on retrouve notamment :

  • Un grand niveau de stress, le fait de se comparer aux autres, de ne pas avoir confiance en ses capacités fait que l’on est sans cesse sous pression. D’après Kévin Chassangre dans [3] : ”Burnout, stress, anxiété, dépression, détresse psychologique, risque suicidaire, sentiment d’inauthenticité, le (SI) peut être associé à un large panel psycho-pathologique”.
  • On a du mal à associer nos réussites à nos compétences et donc nous avons du mal à profiter de ces réussites. Lors de l’acceptation d’un papier, par exemple, on se dira que c’est grâce à untel qui nous a aidé pour la rédaction et on perdra alors toute fierté pour le travail accompli.
  • Le stress du SI peut nous pousser à un certain perfectionnisme, on a peur de l’échec et donc on attend d’être vraiment prêt pour commencer une nouvelle tâche (rédiger un papier, écrire une demande de subvention). Or, parce qu’on a jamais l’impression d’être totalement prêt, on procrastine, on perd du temps à repousser le risque d’échec et donc on ne fait rien. Le SI mène à une grande procrastination, mais aussi à certains auto-sabotage, on préfère alors mal faire les choses plutôt que de risquer l’échec…

Comment réduire le SI

Il n’y a pas de méthodes miracle pour supprimer le SI. On peut seulement essayer de le comprendre pour limiter son impact sur notre doctorat et sur nos vies. Pour cela, je vous propose différentes techniques :

  1. Essayez de comprendre ce phénomène. L’objectif est d’arriver à discerner les moments où vous avez du mal à accepter la réussite, où vous stressez à l’idée de faire une nouvelle tâche et d’échouer. Vous pouvez alors vous dire : “ok, c’est le SI !”.
  2. Parlez-en autour de vous. Vous vous rendrez alors compte que c’est un phénomène assez commun, partagé par de nombreux chercheur.e.s.
  3. Relativisez le poids de votre doctorat et prenez du recul sur votre situation. Vous êtes au doctorat certes, mais vous êtes toujours étudiant.e, il est normal de prendre du temps pour apprendre des choses et il est aussi normal de faire des erreurs, d’avoir des échecs.
  4. Entourez-vous de personnes de confiance, de personnes qui peuvent vous faire des retours constructifs et bienveillants sur votre travail. Il est très dur de se juger soi-même, alors décidez d’une ou deux personnes de confiance et prenez-les comme mentors (c’est l’une des taches de votre directeur.rice de recherche normalement…)
  5. Arrêtez de vous comparer aux autres. Au lieu de vous demander “Est-ce que je suis aussi bon que lui ?”, vous pourriez vous demander : “Est-ce que j’ai progressé ces dernières semaines ? Est-ce que j’ai fait avancer ma recherche comme je le souhaitais ?”
  6. Essayez des choses, sortez de votre zone de confort. N’attendez pas de vous sentir parfaitement prêt pour commencer quelque chose (rédaction d’un article, rendez-vous avec votre directeur.rice de thèse pour partager des idées). Premièrement, vous ne serez jamais parfaitement prêt et en plus, les feedbacks permettent d’avancer très rapidement, d’ouvrir de nouvelles portes et de continuer d’avancer dans vos recherches. Deuxièmement, il est beaucoup plus sain de prendre les échecs comme des leçons plutôt que comme des raisons de vous dévaloriser. Vous pouvez aussi adapter les tâches à vos compétences du moment. Comme le montre cette image tirée du livre de James Hayton (2015).

Voilà, j’espère que vous en avez appris un peu plus sur ce fichu syndrome de l’imposteur. Je sais que c’est un phénomène avec lequel je dois souvent dealer et mettre en place certaines de ces techniques aide vraiment à passer outre, à relativiser la difficulté du doctorat et les échecs possibles.

N’hésitez pas à partager vos experiences/questions en commentaires !

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Je vous laisse avec cette petite citation de David Burns, professeur de psychiatrie à Stanford :

Aim for success, not perfection. Never give up your right to be wrong, because then you will lose the ability to learn new things and move forward with your life. Remember that fear always lurks behind perfectionism. Confronting your fears and allowing yourself the right to be human can, paradoxically, make you a far happier and more productive person

Sources :

  • [1] Joel Bothello, Thomas J Roulet, et al. The imposter syndrome, or the mis-representation of self in academic life. Journal of Management Studies, 56(4):854–861, 2018.
  • [2] Anna Parkman. The imposter phenomenon in higher education: Incidence and impact. Journal of Higher Education Theory and Practice, 16(1):51, 2016.
  • [3] K Chassangre and S Callahan. j’ai réussi, j’ai de la chance… je serai démasquée: revue de littérature du syndrome de l’imposteur. Pratiques Psychologiques, 23(2):97–110, 2017.

 

5 comments

  1. merci beaucoup de l’article, c’est très aidant – je souhaiterais même avoir plus d’articles sur le thème, c’est tellement présent dans nos vies… =)

    1. Bonjour Renata,

      Merci pour ton commentaire ! Je vais publier des articles sur le même thème dans les prochaines semaines, j’espère qu’ils t’aideront aussi !

      Florian

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