Comment écrire un article scientifique – La structure

Vous êtes au doctorat depuis plusieurs mois voire plusieurs années et vient le moment où vos encadrants de rédiger et soumettre un article scientifique afin de partager vos découvertes à l’ensemble de votre communauté de recherche.

Or, vous ne savez pas trop comment rédiger cet article, quoi mettre dedans et comment le structurer. Je vous donne ici quelques conseils pour savoir comment créer un bon article scientifique, un article qui donne aux autres chercheurs l’envie de vous lire et qui présente vos contributions de la meilleure des façons.

Pourquoi rédiger un article

            En tant que chercheur, votre objectif est de faire avancer les connaissances dans votre domaine et de diffuser au plus grand nombre vos découvertes. Cette diffusion passe par l’échange avec vos collègues, par des présentations lors de conférences, mais aussi par la publication d’articles dans les journaux scientifiques. Le fait de publier dans un journal vous permet de toucher un très grand nombre de personnes et donc de voir vos idées diffuser à travers le monde.

            Un article scientifique a aussi un aspect de validation de votre recherche. En effet, lorsque vous soumettez un article à un journal, celui-ci passe par un processus de révision. L’éditeur du journal ainsi qu’un ou plusieurs arbitres vont lire en profondeur votre papier afin de vérifier que les méthodes et les résultats sont innovants et significatifs pour votre domaine. Publier dans un journal permet donc de donner de la crédibilité à votre travail et assurer à vos lecteurs que votre recherche est innovante et significative.

            D’un point de vue plus pratique, la publication d’article est souvent un prérequis à l’obtention de votre doctorat. En effet, pour beaucoup d’entre vous, vous ne pouvez soumettre votre thèse avant d’avoir publié au moins un article (moi au Canada c’est 3…). La rédaction d’article est donc un passage obligé dans votre thèse et connaitre les meilleures méthodes pour rédiger ces articles vous permettra de gagner du temps aussi bien lors de la rédaction que lors du processus de révision. Publier un article est aussi un accomplissement personnel, une petite réussite dans votre vie de doctorant, vous êtes alors fiers d’avoir apporté votre contribution à la connaissance globale.

            Enfin, pour certains d’entre vous qui souhaitez poursuivre vos carrières dans le milieu académique, la publication d’articles va être l’un des éléments essentiels afin de définir si vous êtes un bon chercheur ou non. En effet, lorsque vous postulez pour un poste dans une université, le nombre de publications ainsi que la renommée des journaux dans lesquels vous avez publié sont très importants. Il faut donc commencer très tôt à publier des articles et les soumettre dans les meilleurs journaux possible afin de vous créer le meilleur CV possible.

Quand rédiger un article

            Comme je l’ai dit un peu plus haut, le but d’un article scientifique est de faire avancer la connaissance. Lorsque vous soumettez un papier, il faut donc que vous vous posiez deux questions :

  • Est-ce que mes résultats sont innovants ?
  • Est-ce que mes résultats sont significatifs pour mon domaine de recherche ?

En résumé, la question est de savoir si vous apportez quelque chose de nouveau à votre domaine et si votre contribution permet de résoudre un réel problème.

            Si vous pensez que vos contributions répondent favorablement à ces deux questions, il va falloir choisir ce que vous allez mettre exactement dans votre papier. Le but d’un article n’est pas de faire la synthèse de vos derniers mois/années de recherche. La rédaction d’un article doit se faire autour d’un résultat, d’une contribution centrale. À partir de cette contribution, vous créez une histoire et cette histoire, c’est votre article. Il n’est pas bon de vouloir trop en dire dans un papier, si vous avez trop de résultats à présenter, trouvez un moyen de les diviser en deux et faites-en deux papiers distincts.

            Dans mon article sur la revue de littérature, je vous expliquais le principe de la frontière des connaissances et des gaps de recherche. Et bien le but de votre papier va être de présenter un gap de recherche et de montrer à votre lecteur que vos résultats permettent de répondre à ce gap et donc de faire avancer la connaissance.

Comment structurer un article scientifique

            Bien qu’il existe beaucoup de domaines de recherche, on peut tout de même définir une structure classique pour un article scientifique. Cette structure se décompose en six grandes parties que sont : Le titre, l’abstract (ou résumé en français), l’introduction, la méthodologie, les résultats et la discussion.

            Généralement, ces parties sont présentées dans l’ordre présenté plus haut, mais il peut arriver que certains journaux aient une structure différente. Par exemple, certains journaux demandent à leurs auteurs de mettre la partie méthodologie à la fin du papier. Pour savoir quelle structure vous devez suivre, je vous conseille de vous baser sur des articles qui ont été publiés récemment dans votre journal cible. Regardez un peu comment ils sont structurés et reproduisez la même chose dans votre papier. Vous pouvez aussi aller voir le guide des auteurs qui est présenté sur le site web du journal. Ce guide donne tout un tas de conseils et de recommandations aux auteurs et explique souvent la structure classique des articles publiés par le journal. Ce guide vous permettra aussi de savoir la longueur maximale de votre papier ou encore le format des références.

Que mettre dans chacune des parties

Le titre

            Le titre est l’un des éléments les plus importants de votre article, c’est ce que vos lecteurs liront en premier. Un bon titre est un général court et donne une idée claire des éléments majeurs de votre article tels que le problème que vous étudiez et la méthode que vous avez développée.

L’abstract

            L’abstract est lui aussi un point clé de votre article. En effet, lorsque les chercheurs consultent des articles sur Google Scholar par exemple, ils ont par défaut accès au titre et à l’abstract de votre papier. Ils vont donc lire ces deux parties avant de décider ou non si votre papier mérite qu’ils prennent le temps de le télécharger et de le lire en profondeur.

            L’abstract doit donc être vu comme votre argumentaire pour « vendre » votre papier, afin que les gens aient envie de le lire (et de le citer par la suite). Dans cet abstract, vous devez donc définir le contexte de votre étude, décrire le gap de recherche ainsi que votre méthode pour enfin présenter les contributions de vos recherches. Tout ça en 250 mots !

            Cette partie du papier est souvent celle que vous allez rédiger en dernier, lorsque l’histoire du papier est claire et que vous avez une vue d’ensemble de votre problème et des contributions précises de votre papier.

L’introduction

            Cette partie a pour but de poser les bases de votre histoire. Elle permet de faire comprendre au lecteur l’objectif de vos recherches, mais aussi l’importance de vos contributions. On retrouve souvent dans l’introduction quatre parties rédigées dans cet ordre : contexte, littérature existante, gap de recherche et contributions. À la fin de votre introduction, votre lecteur doit avoir une idée claire du problème que vous résolvez, de pourquoi vous le résolvez et des méthodes que vous avez développées pour le résoudre. De plus, il faut voir votre introduction comme un entonnoir, partant d’un contexte général très global pour ensuite se réduire petit à petit jusqu’à se focaliser sur votre question de recherche et vos contributions.

            Dans votre introduction, la partie contexte doit présenter le cadre de votre étude, dois montrer que votre question de recherche permet de répondre à un problème actuel de la société et que le fait de résoudre ce problème aura un impact significatif pour la société. Ensuite, vous devez montrer que d’autres travaux ont été publiés sur le même problème ou sur un problème connexe. Vous devez expliquer les questions de recherche que ces autres chercheurs ont tenté de résoudre ainsi que les méthodes qu’ils ont utilisées. Dans cette partie, il ne sert à rien de citer 200 papiers, il vous faut trouver le juste milieu entre citer suffisamment pour donner au lecteur toutes les informations sur l’état actuel de la recherche sans le perdre avec trop de citations et de travaux qui ne sont pas liés directement à votre problème. Puis, vous devez définir le gap de recherche, c’est-à-dire montrer que tout n’a pas été fait pour répondre à votre problème, qu’il existe encore des méthodes à tester, des pistes de recherche à étudier. Enfin, vous devez expliquer votre contribution, montrer que vous avez trouvé une solution pour ce gap de recherche et que vos travaux ont une valeur réelle et un impact sur votre domaine.

La méthodologie

            L’objectif de cette partie est d’expliquer à votre lecteur quelles sont l’ensemble des méthodes que vous avez mis en place pour résoudre le gap de recherche. Le but est de donner suffisamment d’informations pour démontrer la validité scientifique de votre travail, mais aussi permettre à chacun de vos lecteurs de reproduire vos expérimentations en se basant uniquement sur votre papier.

            Pour la partie méthodologie, vous allez donc décrire comment vous avez récupéré vos données, quel modèle mathématique vous avez développé ou encore quels algorithmes ou fonctions informatiques vous avez utilisés pour traiter vos données. De manière générale, il vaut mieux trop en dire que pas assez, vous pouvez toujours supprimer des choses plus tard, mais essayez de détailler au maximum toutes les expérimentations que vous avez réalisées.

Résultats

            Comme son nom l’indique, cette partie présente vos … résultats ! L’idée est ici de donner au lecteur l’ensemble des résultats d’experience appuyant votre contribution et démontrant que la méthodologie que vous développez apporte de réels résultats.

            Dans cette partie, vous allez donc pouvoir utiliser des tableaux et des figures pour montrer les grandes tendances de vos expérimentations. Il ne sert à rien de vouloir décrire précisément chaque élément de vos tableaux. Le but est d’ici de mettre en valeur les éléments majeurs qui appuient votre contribution. À chaque tableau/figure que vous ajoutez dans votre article, posez-vous deux questions :

  • Est-ce que cela apporte quelque chose à l’histoire de mon papier ?
  • Est-ce que le lecteur peut comprendre l’apport de ce tableau/figure sans lire le texte ?

Discussion

            Cette section est parfois complétée ou remplacée par une section conclusion. Dans la discussion, l’objectif est de reprendre les grandes tendances que vous avez présentées dans la partie résultats et de les mettre en relief avec la littérature existante ainsi qu’avec votre gap de recherche.

            Il faut alors que vous montriez au lecteur que vos résultats apportent de nouveaux éléments de compréhension de votre problème et que votre méthodologie permet de contribuer à faire avancer la connaissance dans votre domaine.

            Dans cette discussion, vous pouvez aussi décrire les limites de votre recherche ainsi que les extensions de votre question de recherche sur lesquelles vous souhaitez travailler dans le futur.

Ma technique d’écriture

            Lorsque je dois rédiger un article scientifique, je passe souvent par trois grandes étapes. La première consiste à décider ce que je vais mettre dans le papier. Pour cela, j’organise une réunion avec mes directeurs de thèse, je prépare différents tableaux de résultats faisant le résumé de mes derniers mois de recherche et on discute ensemble de quelles sont les contributions les plus intéressantes, qu’est-ce qui a un réel impact sur mon domaine et qui pourrait donc intéresser le plus de lecteurs. Cette réunion, en plus de permettre la définition claire du cœur de l’article et de l’histoire l’entourant, permet aussi de se rendre compte si des expérimentations supplémentaires sont nécessaires.

            Ensuite, je définis le plan de mon article en suivant les six parties présentées précédemment et je rédige une première version de mon papier qui fait 4/5 pages. Cette première version permet de tester mon histoire, de voir si j’arrive à trouver un flot cohérent tout au long de l’article et si mes contributions sont suffisantes pour répondre à ma question de recherche. Cette première version ne donne pas tous les détails de ma méthode ni toute la littérature reliée à mon projet, elle contient simplement l’essence de l’histoire de l’article et des résultats. Je présente ensuite cette première version à mes encadrants et si elle est validée, je n’ai plus qu’à étendre chaque partie pour en faire un papier complet ! Pour arriver à la version finale du papier, il faut alors rédiger la revue complète de la littérature, décrire parfaitement la méthode et repasser sur chaque tableau de résultats pour être sûr que tout se tient. Un petit conseil des mes encadrants, dans un papier, il faut suivre la règle du 1 idée = 1 paragraphe.

            Enfin, n’oubliez pas que vous rédigez des articles scientifiques pour que les gens vous lisent, il est donc essentiel de réfléchir à quelle sera votre audience et faire en sorte de satisfaire cette audience avec un article qui soit instructif, mais aussi facile à lire.

            Voilà, j’espère que cet article (de blog) vous a plu et qu’il vous a donné des pistes sur comment structurer un article scientifique et que mettre dans chaque partie de cet article. Le fait de comprendre l’importance de la structure et de l’histoire de votre papier vous permettra de gagner beaucoup de temps lors de la rédaction et vous permettra de prendre un réel plaisir à rédiger vos articles !

            N’hésitez pas à partager cet article et à laisser un commentaire si vous avez d’autres petits conseils de rédaction qui marchent pour vous !

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