Comment faire une bonne revue de littérature – Ma technique

Vous commencez votre thèse ou un nouveau projet, et vient le moment fatidique de la revue de littérature. Dans votre tête, cela signifie des semaines entières passées seul dans votre bureau à lire des papiers…

Aujourd’hui, je vous donne ma méthode pour faire de la revue de littérature un moment d’apprentissage, mais aussi de plaisir. Je vous en présente les trois grandes étapes ainsi que mes techniques pour tirer un maximum de connaissances de vos lectures. Enjoy !

À quoi sert une revue de littérature

Lorsque vous commencez votre thèse ou un projet, vous avez souvent une idée assez vague de votre sujet d’étude. Il vous faut alors vous renseigner sur ce sujet, discuter avec vos encadrants et lire pas mal d’articles afin d’avoir une idée précise de ce qui existe et de ce que vous pouvez experimenter pour faire progresser les connaissances dans ce domaine.

La revue de littérature permet donc dans un premier temps de comprendre son sujet. Elle permet d’avoir une idée de pourquoi les gens étudient ce problème (ce que cela apporte à la société), mais aussi de pouvoir comprendre quelles sont les différentes caractéristiques de votre problème, qu’est-ce qui le définit vraiment. Cette revue de littérature vous permettra aussi de mieux connaitre la communauté de recherche dans laquelle vous travaillez. Vous pourrez alors savoir quels sont les chercheurs les plus influents dans votre domaine et quels labos publient le plus sur votre sujet.

Deuxièmement, votre revue de littérature vous permettra de connaitre et d’assimiler l’ensemble des méthodes que les chercheurs avant vous ont utilisé pour résoudre votre problème. Vous aurez alors l’occasion de découvrir de nouvelles méthodes et de nouveaux procédés d’expérimentation qui vous seront utiles pour votre projet, mais aussi pour la suite de votre carrière de chercheur.

Enfin, le fait de comprendre le problème et de connaitre l’ensemble des méthodes qui ont été mises en place pour le résoudre, vous permettra de pouvoir délimiter la frontière des connaissances, c’est-à-dire la limite entre ce qui a été fait et testé et ce qu’il reste encore à découvrir. C’est sur cette frontière que vous vous baserez pour définir votre hypothèse de recherche, le but étant alors de repousser un peu cette frontière afin de faire avancer la connaissance dans votre domaine et de partager cette découverte avec votre communauté.

En conclusion, votre revue de littérature vous permettra de découvrir ce qui a été réalisé dans votre domaine afin de pouvoir définir une nouvelle hypothèse de recherche à la fois innovante et en adéquation avec les besoins de la société pour votre sujet.

Étape 1 : Comprendre le problème

Avant de pouvoir résoudre un problème, il faut le comprendre ! La première étape de votre revue de littérature se basera donc sur la compréhension de votre problème. Pour cela, essayez de délimiter un ou deux grands thèmes qui entourent votre problème de recherche (typiquement, ces grands thèmes seront ce que vous taperez dans Google Scholar afin de trouver des papiers qui vous intéressent).

Ensuite, ce que je préconise c’est de commencer par des documents généraux, des documents de synthèses. Pour cela, essayez de trouver des thèses d’anciens étudiants ou bien des surveys (mots-clés : survey / overview / review) qui donnent une description globale de ce qui a été fait dans votre domaine et vous permettront d’avoir une bonne vue d’ensemble de votre problème sans avoir à entrer dans les détails de chaque méthode.

Un autre élément extrêmement important est le fait que ces documents de synthèse contiennent une très grande quantité de références, références sur lesquelles vous vous baserez pour continuer votre revue de littérature. Je vous conseille donc de lire ces synthèses et de noter (moi je les mets dans un tableur Excel) toutes les références que vous croisez et qui vous semblent intéressantes pour votre projet.

À la fin de cette première étape, vous avez donc :

  • Une compréhension générale de votre problème
  • Une idée des tendances actuelles en termes de méthode
  • Une idée des caractéristiques qui différencie deux méthodes ou deux variantes du problème
  • Une liste de références sur lesquelles vous basez pour la suite

Étape 2 : Définir la frontière des connaissances

Maintenant que vous avez une bonne compréhension de votre problème, il vous faut étudier en profondeur ce qui a été fait afin de pouvoir délimiter la frontière des connaissances. Cette étape va donc consister à reprendre votre liste de références et à continuer à la remplir grâce à des recherches sur internet. Pour cela, utilisez Google Scholar et essayez différents mots-clés qui se rapprochent de votre problème. Petit rappel, je vous ai décrit dans cet article comment télécharger gratuitement des papiers scientifiques.

Une bonne technique pour cette étape est de taper le titre des surveys que vous avez lu auparavant, et en dessous du titre, vous verrez un lien «Cité X fois». Si vous cliquez sur ce lien, vous aurez la liste de tous les papiers qui ont cité votre survey et potentiellement accès à tous les articles récents liés à votre problème. Vous pouvez alors vous baser sur le titre et l’abstract de l’article pour décider s’il mérite sa place dans votre tableur. Petit plus, lorsque vous insérez un nouvel élément dans votre tableur, ajouter l’année et le nombre de citations, cela vous permettra d’estimer l’impact du papier.

Maintenant que vous avez votre liste de références intéressantes et bien… Il va falloir lire et lire intelligemment ! Pour cela, basez-vous sur votre tableur, sur le nombre de citations (un nombre de citations élevé est le signe d’un papier majeur dans le domaine) et l’année de parution (il faut aussi connaitre les dernières tendance). Essayer de délimiter une quinzaine de papiers qui vous paraissent les plus importants pour votre problème.

Après avoir sélectionné vos 15 papiers, il vous faudra prendre votre courage et votre patience à deux mains et commencer à lire en profondeur l’ensemble de ces papiers. Cette étape difficile est nécessaire à votre bonne compréhension du problème et vous permettra d’analyser pourquoi telle ou telle méthode est utilisée.

Durant cette lecture (qui devrait vous prendre une semaine / 10 jours), continuez à faire attention aux références que vous croisez et notez-les dans votre tableur si elles vous semblent intéressantes. Si vraiment vous croisez un papier vraiment important, modifier votre liste de lecture pour l’inclure dedans et en supprimer un autre article temporairement.

Maintenant que vous avez terminé votre série de 15 papiers, prenez le temps de l’assimiler. Pour cela, organiser une réunion avec vos encadrants et décrivez-leur ce que vous vous avez trouvé, ce que vous avez compris du problème et quelles sont les méthodes qui semblent les plus intéressantes. Souvent, vous apprendrez des choses a vos encadrants lors de ce genre de réunion… Mais ces petites réunions de synthèse vous forceront aussi à mettre de l’ordre dans vos idées et donc vous aideront à mieux comprendre vos lectures. Enfin, ces moments avec vos encadrants seront aussi l’occasion pour eux de vous orienter vers d’autres lectures auxquelles vous n’auriez pas pensé seul.

Généralement, je répète cette série de 15 papiers + réunion deux ou trois fois afin d’avoir une compréhension claire du problème, des méthodes et de la frontière des connaissances. Durant cette période, vous allez aussi commencer à définir des hypothèses de recherche, des expérimentations qui seraient intéressantes de faire afin de découvrir de nouvelles choses. À la fin de ces cycles de lecture, vous aurez donc :

  • Une idée claire des méthodes existantes
  • Une bonne représentation de la frontière des connaissances
  • Une liste d’hypothèses de recherche sur lesquelles travailler pour étendre cette frontière des connaissances

Étape 3 : Hypothèse et méthode

Maintenant que vous avez compris le problème et délimité la frontière des connaissances, vous allez pouvoir vous attaquez à ce pour quoi vous être doctorant, la recherche et l’expérimentation ! Pour cela, reprenez votre liste d’hypothèses de recherche, ces idées auxquelles personne n’a pensé et qui selon vous pourraient être intéressantes à étudier de par leur aspect innovant pour votre problème.

Pour choisir votre hypothèse, rencontrez encore une fois vos encadrants et ayez cette réunion (pour moi c’est la meilleure), cette réunion où vous discuter de votre hypothèse de recherche, cette réunion durant laquelle vous avez l’impression que vous allez révolutionner le monde avec vos idées, tout ça à la force de votre imagination, c’est beau la recherche quand même !

Après avoir défini votre hypothèse de recherche, et l’approche que vous allez employer pour tester cette hypothèse, il vous faudra étudier un peu plus en profondeur cette approche afin de pouvoir définir une méthode expérimentale qui soit la plus efficace possible. Vous allez donc devoir définir 5/10 papiers qui utilisent votre approche (oui, je sais, encore de la lecture…), ces papiers peuvent être reliés à votre problème ou pas, en fait c’est plus intéressant de lire des papiers qui, pour certains, utilisent l’approche pour d’autres problèmes, cela vous donnera une vision plus globale de l’approche que vous voulez utiliser.

Encore une fois, discutez avec vos encadrants a la fin de votre lecture pour valider l’approche, présenter ce que vous en pensez et la façon dont vous pensez l’utiliser. Peut-être qu’en discutant avec vos directeurs, des petites améliorations viendront et vous pourrez alors développer une approche révolutionnaire et hop, vous avez votre projet ! –> Vous avez votre article –> Vous avez votre doctorat !

Et pendant tout ce temps, écrivez !

Au début de ma thèse, lors de ma première revue de littérature, je me contentais de simplement lire les papiers et prendre quelques notes quand j’en avais envie. Or, un an plus tard, j’ai du rédiger un état de l’art pour mon examen de prédoc et je me suis retrouvé bien embêté, obligé de repasser sur toutes mes lectures afin de pouvoir les résumer… Pour éviter cela, j’ai mis en place différentes stratégies permettant de faire mes revues de littérature tout en rédigeant en parallèle de petites synthèses que je pourrai utiliser plus tard pour un article ou pour ma thèse.

Ma première technique consiste, pour chacun des articles que je lis, à créer un document Latex/Word associé dans lequel je note les points clés du papier (variante du problème qu’il résout, méthode utilisée, synthèse des résultats, etc..). Ce document contenant généralement une dizaine de lignes me permet d’avoir une base sur laquelle me fier si 6 mois plus tard j’ai besoin de savoir rapidement ce qu’il y a dans l’article.

Ensuite, ma seconde technique consiste à utiliser un peu plus le tableur Excel contenant toutes les références. À partir de mes lectures, j’arrive à définir les caractéristiques qui distinguent deux papiers, cela peut être au niveau de la formulation du problème, de l’approche utilisée, des éléments utilisés pour tester l’approche, etc. Dans mon tableur, je crée donc une colonne pour chacune de ces caractéristiques et lorsque je lis un papier, je mets un «X» dans les colonnes correspondants aux caractéristiques de l’article. Cela permet d’avoir une vue d’ensemble des caractéristiques les plus communes, des nouvelles tendances, et ces éléments peuvent aider grandement lorsque l’on veut définir la frontière des connaissances ainsi que de nouvelles hypothèses de recherche.

Enfin, ma dernière technique et je pense que c’est celle qui m’apporte le plus à long terme, consiste à rédiger une petite synthèse de chaque papier que je lis et que je mets dans un grand document Latex/Word avec toutes les autres. Cette synthèse peut faire 5/6 phrases et elle a selon moi deux objectifs principaux : Elle me force à organiser mes idées, à comprendre le papier pour être capable de le résumé. Et ensuite, elle permet de créer une première ébauche de mon document d’état de l’art, qui me servira forcément dans les mois ou les années suivantes. Typiquement, lorsque vous aurez besoin de faire l’état de l’art pour votre thèse, vous n’aurez qu’à copier-coller certaines de vos synthèses et 80\% du travail sera fait !

Ces petites synthèses permettent aussi de se rendre compte de l’avancée de votre revue de littérature. Lorsqu’au bout de 2 semaines de lecture, vous avez déjà un document de 8 pages avec 30 références, cela vous rassure sur votre avancement et vous donne un sentiment de réussite qui vous motive pour la suite de vos lectures.

Pour conclure, la revue de littérature est souvent vue comme une étape longue et fastidieuse (et franchement pas très fun…), mais je pense qu’il suffit d’avoir une petite structure dans vos lectures pour qu’à la fois, vous fassiez une revue complète de votre domaine, mais aussi que vous y preniez du plaisir en découvrant de nouvelles choses et en partageant avec vos encadrants. N’hésitez pas à laisser en commentaires vos techniques et profitez de votre doctorat pour apprendre et repousser la frontière des connaissances !

 

 

7 comments

  1. Pingback: 10 conseils pour améliorer votre productivité (et arrêter de procrastiner...) - Réussir mon doctorat
  2. Bonjour,
    Merci beaucoup pour ce blog et ces articles riches en conseils, orientations et expériences.
    Personnellement, je suis en première année de doctorat, pendant toute l’année j’essaie encore de lire et découvrir de plus en plus mon domaine de recherche. Le problème, c’est que je n’arrive plus à écrire, à enregistrer ce que j’ai lu, je ne fais que télécharger et sauvegarder dans des dossiers sur mon ordinateur.Surtout, j’ai perdu beaucoup de temps en cherchant à faire des connaissances avec les intéressés du domaine, découvrir des laboratoires spécialisés, à lire de l’actualité, à suivre les congrès, colloques et journées scientifiques, (comme si je suis un professionnel). Même si j’ai appris des connaissances, je ne sais pas si je suis sur la bonne voie .
    Je me trouve très dispersé, Maintenant, mon encadrant m’a demander de faire l’état de l’art et dans les plus brefs délai et pour faire la réinscription en 2éme année. En fait, j’ai utiliser la méthode du tableur excel (nommée: fiches de lectures) Mais, je ne sais pas comment la présenter, est ce que je dois rédiger ou bien comment je dois présenter cette état de l’art.
    Je vous prie donc, de nous parler sur cette astuce, comment la présenter , et surtout , comment faire pour rendre le travail demandé au moins avant l’expiration du délai. En essayant de rattraper plus tard, suivant vos instructions et orientations,
    Avec tout mes remerciements.

    1. Bonjour BHM,

      Il est vrai que la rédaction de l’état de l’art est toujours une étape compliquée. Je pense que la structure de l’état de l’art dépend de ton domaine de recherche et de ton projet. C’est pourquoi, je pense que ce serait plus simple de parler de cela de vive voix. Peux-tu m’envoyer un message à travers la page contact, m’expliquer ton projet de recherche et me donner tes coordonnées. On pourrait faire un skype afin que je puisse t’aider à définir la structure de ton état de l’art.

      Bon courage pour la suite de ton doctorat,

      Florian

  3. Bonjour Florian !

    Merci pour ce blog qui m’aide beaucoup à me lancer dans ma première année de doctorat.
    J’ai une question très bête concernant ton document Excel : comment est-ce que tu le présente ? Enfin, quelles sont tes catégories dans quelle colonne ?
    L’organisation des références, c’est mon gros point noir. Je me creuse la tête pour savoir comme l’optimiser et je perd beaucoup trop de temps…

    Merci de ton aide !

    1. Bonjour Camille,

      Content de pouvoir t’aider à travers ce blog !

      Pour ce qui est de l’excel, voici le titre de mes première colonnes :
      –> Numero_De_L’article/Titre/Auteur 1/Auteur 2/Université/Année/Revue/Survey/Partenaire_industriel

      Ensuite j’ai des colonnes propres à mon thème de recherche comme : est-ce que le problème est résolu sur une semaine ou une journée, quelle technique de modélisation mathématique est utilisée. C’est sur cette partie que tu dois réfléchir à savoir quelles sont les caractéristiques principales de ton sujet de recherche.

      Un autre élément est le fait de mettre un numéro de référence à chaque article et d’avoir un document word dans lequel tu écris au fur et à mesure de tes lectures 4/5 phrases pour résumé chacun de tes articles associés à ces numéros de références. En faisant ça, tu auras une base sur laquelle tu pourras t’appuyer lorsque tu devras rédiger une revue de littérature et tu gagneras beaucoup de temps !

      J’espère que je suis assez clair… Bon courage en tout cas et n’hésites pas si tu as d’autres questions !

      Bon doctorat,

      Florian

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